ET SI ON PARLAIT UN PEU DE THEATRE ?

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Et oui ! Ce n’est pas parce que quelques uns voudraient suspendre le Festival aux seules revendications de l’intermittence qu’il faut oublier ce qui, tout de même, devrait être au coeur de nos préoccupations, public comme professionnels : le théâtre, le spectacle, l’art quoi.

Car, enfin, il nous semble que ces derniers jours, on a tous -médias, commentateurs, professionnels- peu ou prou, gaillardement évacué ce qui pourtant devrait nous animer, au profit du spectaculaire et du médiatique. Le bruit et la fureur, qui sensibiliseront toujours plus le grand public que l’essence des choses. Comme ailleurs, dans d’autres domaines de l’exercice de la pensée, il est toujours plus simple de faire simpliste, plus efficace de faire sommaire, lorsqu’il s’agit de vendre de l’image en prime-time ou du papier.

De l’art, du théâtre, point de trace dans ces commentaires hypertrophiés de la chose festivalière. Pas assez bankable, pas assez rentable. Mais de l’hystérie, oui, du mauvais spectacle, oui encore. Ah que les médias aiment ce drame en train de se nouer autour de l’annulation des festivals, des actions coup-de-poing et des happenings, de l’excitation collective. Les intermittents l’ont bien compris qui usent avec un grand sens de la communication de ces relais inespérés dans l’opinion.

Mais quid de l’art, dans tout ça ? Qui parle vraiment de cette programmation du In rétrograde et réactionnaire, qu’Olivier Py nous a concoctée avec beaucoup d’idéologie et une bonne dose de mauvaise foi, en sa première année d’exercice ? Et qui peut-être ne verra jamais jour. Qui nous parle de l’abominable avalanche de niaiseries -stand-up vulgaires, seuls-en-scènes idiots, marronniers sans imagination, fadaises prétentieuses, commedia inepte- qui pollueront une fois encore le Off en juillet ? Qui pour nous parler de théâtre, vraiment ? Les intermittents en lutte ? Certainement pas. Les directeurs de théâtre ou de festivals, obnubilés par leurs pertes annoncées ? Encore moins. Les médias, occupés à rentabiliser leurs grilles de programme et faire de l’audience ? Bien sûr que non.

Tout cela est d’une tristesse incommensurable. Le théâtre est oublié, délaissé, ignoré. Il risque fort d’être le seul véritable perdant de ce mauvais psychodrame. Le vrai sacrifié de cette saison suspendue.

Eléonor Zastavia

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Comments
6 Responses to “ET SI ON PARLAIT UN PEU DE THEATRE ?”
  1. thé dit :

    L’afiche n’est pas très belle, il est vrai
    La programmation est plus intéressante
    Dante, Ostermeier, , Platel
    Araujo
    De Pauw
    etc
    C’est quoi un théâtre à texte avec un contenu vaguement politique ?
    Le théâtre, c’est le théâtre, pourquoi faire cette obsession du théâtre ou non à texte ?
    Bof, je vais voir
    Py aussi
    Que Vilar se retourne dans sa tombe, pourquoi pas ; ce n’était pas un visionnaire ; et il se retournerait, et alors ? D’autant plus qu’il se retournerait moins devant cette programmation, il est vrai assez consensuelle, que devant la programmation de 2005

  2. RG dit :

    Le théâtre, le théâtre… est joué par des acteurs, éclairé, sonorisé par des techniciens qui pour la majeure partie sont intermittents. Sur scène, dans les coulisses, ces humains qui font le Théâtre, ces humains qui vibrent pour le Théâtre sont ces intermittents que vous décriez!!!

    • Ce ne sont pas les intermittents que nous décrions, lisez-nous attentivement. Mais bien celles et ceux d’entre eux qui, par têtue obstination, se trompent de cible et sabordent un festival -des festivals- pour mieux s’auto-saborder et entraîner avec eux dans le gouffre la multitude de ceux qui veulent simplement faire vivre leur création.

      • jojo dit :

        On relis donc le texte, les commentaires, et on peut facilement conclure : un intermittent ça ferme sa gueule, ou ça démissionne

  3. David Nathanson dit :

    Vous avez raison : il faut continuer à parler théâtre. Mais vous, qui accusez gouvernement et intermittents de mauvaise foi, ne l’êtes vous pas vous-même de mauvaise foi ? C’est tout à fait votre droit de ne pas faire confiance – a priori – à Olivier Py, mais comment qualifier sa programmation (sans avoir vu un seul des spectacles) de « rétrograde et réactionnaire ». Je lis le programme (comme vous) et j’y vois Alain Platel, Emma Dante, « Archive », Ostermeier…. De ces gens-là (et d’autres), j’attends parfois peu, parfois beaucoup, parfois rien, mais le procès d’intention me paraît pour le moins contestable.
    Par ailleurs, vous avez fait de la médiocrité du Off, un combat depuis plusieurs années. Mais le Off est un marché et par là-même obéit aux lois du marché. On peut s’en attrister et constater la nullité de certains spectacles, on peut tirer à boulets rouges (et souvent à raison) sur Greg Germain, mais en fait que voudriez-vous pour le off ? C’est une vraie question que je vous pose. Parce qu’un festival subventionné, avec une programmation réfléchie, dirigé par une véritable équipe, ça existe déjà et c’est le In…

    Chaleureusement
    David Nathanson

    • Mais non, on peut -et c’est d’ailleurs qu’ainsi il a été aux origines pensé par des Bennedetto ou des Gelas- concevoir un véritable Off, anticonformiste, expérimental, créatif, autogéré, bref tout ce qu’il n’est pas actuellement, sans pour autant tomber dans un truc miroir de l’esthétique institutionnelle. En tout cas, nous on y croit.
      Quant à la programmation d’Oliver Py, désolée, mais nous l’avons regardée de très près. Effectivement, à l’exception des trois ou quatre artistes que vous citez -et encore- que voit-on ? Le retour d’un théâtre à texte, parfois avec un contenu-alibi vaguement politique, servi par des artistes tout droit sortis -en tout cas pour l’esthétique- des années 70, souvent des copains de Py lui-même qui d’ailleurs propose pas moins de trois oeuvres personnelles… Où est l’expérience des précédents festivals, la performance, la poésie, où sont les Angélica Liddell, les Castellucci ou les Jan Fabre ? C’est juste un retour en arrière, perversement et faussement nostalgique, en atteste cette affiche hideuse arborant fièrement les trois clefs mythiques du festival à la Vilar. Qui lui-même doit se retourner dans sa tombe devant tant d’incompréhension de sa propre vision d’un théâtre vivant.