AVIGNON OFF : « VOTRE MAMAN », AU PETIT LOUVRE : OUBLIER PARFOIS EST SALUTAIRE…

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AVIGNON OFF 2014 : « Votre maman » – De Jean-Claude Grumberg, mise en scène Vincent Ecrepont – Petit Louvre 18h35

Soyons modérés, car certains ont aimé … Drôle d’introduction pour une critique nous direz-vous, mais ce spectacle mis en scène par Vincent Ecrepont possédait tous les ingrédients nécessaires pour nous faire passer un agréable moment de poésie dans la chapelle des Templiers du petit Louvre… Et pourtant il n’en fut rien.

Le texte de Jean-Claude Grumberg traite de l’oubli, celui d’une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer à laquelle rend visite son fils. La mise en scène plonge donc dans cette errance de la mémoire sous la forme de courtes scénettes. la mère, très joliment interprétée par Françoise Bertin, joue tantôt la tendresse, tantôt la révolte envers un directeur de maison de retraite (Gérard Chaillou) en proie permanente à ses problèmes de personnel ou d’intendance.

Françoise Bertin fait mouche auprès des spectateurs avec une évidente efficacité dans tous les registres, l’émotion étant là quand elle caresse les cheveux d’un fils désemparé, ou quand elle assène des coups de « pébroc » aux autres pensionnaires qu’elle juge trop fous.

Le texte de Jean-Claude Grumberg est construit autour de cinq scènes qui se déroulent inlassablement avec la même structure : le fils vient voir sa mère, rencontre le directeur qui lui dit « Votre maman … »… Souvent drôles au premier abord, ces introductions se retrouvent à la longue plombées par leur répétition quasi-systématique.

Vincent Ecrepont désirait respecter le texte à la lettre. Peut-être est-ce là une erreur, mais le plus gênant demeure ce sur-jeu du fils (Laurent d’Olce), lorsqu’il se trouve face au directeur, et son manque patent d’émotion lorsqu’il se confronte à sa mère. Peut-être espérions-nous simplement quelques moments plus poétiques, ceux émouvants entre une mère malade et son fils. Hélas, ceux-là sont bien trop fugaces pour être remarquables, malgré le bel effort de Françoise Bertin.

La mise en scène et le texte, sous prétexte de vouloir à tout prix éviter les écueils du pathos, en oublient ce qui, faute d’être écrit, aurait pu être suggéré : juste l’amour d’un fils pour une mère, et tout son désespoir de la voir s’oublier et de ne plus se reconnaître en tant que fils dans les yeux maternels, pour enfin la voir disparaître.

Pierre Salles

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