AVIGNON OFF : « DU LUXE ET DE L’IMPUISSANCE  » AU THEATRE DES HALLES

LE BRUIT DU OFF / 12 juillet

du luxe et 2

AVIGNON OFF : « Du luxe et de l’impuissance » d’après Jean-Luc Lagarce, mis en scène par Ivan Morane. Théâtre des Halles jusqu’au 27 juillet à 16h (relâche le 16).

Mettre en scène des textes de Jean-Luc Lagarce non destinés à être joués, puisqu’il s’agit là d’une compilation d’articles et d’éditoriaux résultant de commandes passées par des théâtres et des revues auxquels il collaborait, pourrait passer pour une gageure. Sauf que, pour Ivan Morane dont l’expertise avisée nous a déjà séduits dans La Chute et Faire danser les alligators sur la flûte de Pan (ses deux autres créations à l’affiche actuellement au Chêne Noir), tout est théâtre dans sa production puisque rien n’y est théâtral. La vie est là, à chaque mot, entre chaque mot. Evidente, simple, bouleversante, elle est là, à en pleurer. La vie, et la Mort aussi, surtout.

Et nous en sortons légèrement ivres de cette existence qui dévide par la voix aux accents profonds de Jean-Charles Mouveaux ses exaltations comme ses refus de la médiocrité consensuelle. Comme si le tourbillon des mots-images projetés, ce voyage immobile vers l’essence de ce qui fait de nous des humains soumis à la peur liée aux incertitudes que nous devons cultiver comme le lieu même de l’intranquillité propre à faire de nous des résistants aux péroraisons de ceux qui se disent savoir, avait libéré en nous la douce euphorie grisante de ce que créer veut dire. En effet entre la création artistique et l’invention de nos propres vies, l’écho est tel que ce lâcher prise ultime de cet homme dans l’antichambre de la mort est comme une promesse vivifiante d’éternité à inventer.

Nous sommes littéralement touchés, au-delà même de la compréhension rationnelle des propos tenus, par l’humanité profonde qui nimbe les pensées et les silences pudiques qui leur servent d’écrins, tout aussi parlants que les mots prononcés. Quant à la mise en scène, discrète, presque minimaliste (puisque ce sont les mots, dans lesquels les récits de nos vies sont pris et l’écho du silence qui les font résonner longtemps après qu’ils ont été énoncés, qui seuls « existent »), elle se termine par la lumière blanche éclairant le passage de l’autre côté du miroir de nos fragiles existences confondues avec celle de l’auteur.

Qu’emporter avec soi lorsqu’on est en partance pour l’ultime voyage ? Dans cette bibliothèque idéale, quelques titres sont égrenés comme les blocs erratiques d’un patrimoine à jamais fixer, pour juste se souvenir un peu de la vie terrestre, désespérante et exaltante. Et, serait-on tenté d’ajouter à cette liste, cette « petite » pièce portée à la scène avec subtilité par Ivan Morane, qui témoigne là, et non sans bonheur, du luxe et de l’impuissance d’exister.

Yves Kafka

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