AVIGNON OFF : « LES PENDUS », UNE REVOLTE POETIQUE

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LEBRUITDUOFF.COM / 14 juillet 2014

AVIGNON OFF : « Les Pendus » – mes Barthélémy Bompard – Cie Kumulus – au C.H.R.S Croix rouge du 11 au 20 juillet à 18h30 durée env 1h.

Nous avions découvert le travail de cette compagnie et de son metteur en scène l’an dernier dans « silence encombrant », un spectacle d’une rare beauté et d’une étonnante force pour le Off d’Avignon, c’est donc avec une envie mêlée de curiosité que nous sommes allés cette année découvrir ses « Pendus ».

Ce spectacle est joué au CHRS de la croix rouge. Ce choix n’est pas anodin, lieu d’inclusion sociale, de reconstruction et d’entraide, cette structure est raccord avec l’âme de cette compagnie engagée artistiquement et humainement, plaçant l’Homme au cœur de ses réflexions.

Cette pièce montée à partir d’un texte écrit par Nadège Prugnard pour la compagnie fait l’effet d’un véritable coup de poing, comme un cri à toutes les injustices. Ici nulle fioritures de style, le spectacle commence promptement par une série de pendaisons, l’effet est saisissant de réalisme et plonge directement le spectateur dans une écoute toute particulière. L’atmosphère est pesante, du rebelle à l’intellectuel en passant par le SDF ou la femme, ils sont tous jugés d’avance et pendus haut et court devant nous. Tels des spectres, ils jettent à la face du public leurs vies et les combats menés, ceux de tous les opprimés écrasés par la tyrannie, l’ignorance ou la lâcheté.

De part la forme directe et sans détour, voici un spectacle qui touche au cœur. Impossible de ne pas entendre ce cri envoyé en pleine face, de ne pas entendre la souffrance devant l’injustice, décrite avec force mais non dénuée d’humour, de poésie et de tendresse. Car même s’il s’agit de rage et de trippes, Barthélémy Bompard n’est pas un homme désabusé niant la force de la vie. En colère, il reste plein de l’espoir qu’ensemble, nous prenions conscience de l’abyme dans lequel nous sombrons.

L’intelligence du texte et de la mise en scène est justement de ne pas placer le spectateur dans une position de condamné, ces pendus-là ne vous jugent pas, mais vous tendent simplement la main. Les comédiens savent éviter le pathos et oscillent constamment entre la rage, l’espoir et l’amour pour cette humanité qui les écrase.

Barthélémy Bompard donne encore cette année un très beau spectacle, et tente par tous les moyens de nous ouvrir les yeux et de nous entraîner avec lui dans cette impérieuse nécessité de révolte poétique et humaniste.

Pierre Salles

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