AVIGNON OFF : « UN JOUR, C’ETAIT LA NUIT » AU THEATRE ACTUEL

LE BRUIT DU OFF / 18 juillet

un jour c'était la nuit 2
AVIGNON OFF : « Un jour, c’était la nuit » au Théâtre Actuel jusqu’au 27 juillet à 20H45.

« Chéri, tu vas pas être content ! Tu vas mourir ! Je t’ai empoisonné !!! » Voilà la façon, loin d’être conventionnelle, dont tout commence. Un homme, une femme, il sont mariés, jusque-là, rien d’anormal. Voire, même plutôt banal…

Et pourtant. Vivre ses derniers jours, n’est évident pour personne, mais lorsque l’on y est préparé, on arrive plus ou moins à se faire à l’idée. Comment réagiriez-vous, si l’on vous annonçait que vous alliez mourir dans une heure, une heure et demi tout au plus ? Tentant d’expliquer à son mari, leur couple durant depuis vingt-cinq ans tout de même, les nombreuses raisons l’ayant poussées à le tuer, nous allons vivre la peur, la colère, la rémission, la vengeance, d’un homme désabusé, qui n’a plus tellement son rôle et sa place d’homme au sein même de son couple et de son foyer, que l’on surprendra notamment en pleine lecture de « Elle », magazine plus que féminin, (le titre est assez parlant), ne sachant que faire durant le peu de temps qu’il lui reste à vivre.

Une femme « parfaite », maniaco-dépressive, lui annonçant la triste, ou bonne nouvelle avec beaucoup de calme et un mental à toutes épreuves… Les langues se délient, règlements de comptes en perspective ! Se dévoilant l’un à l’autre de façon tout autant comique, qu’absurde, c’est une pièce rythmée, drôle, pleine de bon sens, que l’on découvre. Elle est parlante de vérité et de cruauté ! Intergénérationnelle, chacun accueille et accepte de façon différente ce qu’il s’y vit. Une pièce qui parlera à grand nombre d’entre nous, selon les relations passées, en cours ou à venir, le dialogue est précis, et l’on se surprend, bien évidemment, à se confondre nous-mêmes avec les personnages.

La vie de couple nous a appris certaines choses, dont une essentielle : la routine, cette routine qui nous rend aveugles, qui nous fait parfois même oublier l’existence de l’autre, et qui finalement, tue l’amour ! Tous ces projets, ces désirs, que l’on avait en commun, et qui nous ont incontestablement donnés, un jour, l’envie d’être partagé, de construire quelque chose de concret, aboutissant d’avantage à des espoirs déçus, emplis d’amertumes, allant jusqu’au rejet de l’autre. D’ailleurs qu’elle est véritablement la place de l’autre, dans une société, où la parité est systématiquement pointée du doigt, l’homme a-t-il véritablement sa place d’homme ?

La femme, sa place de femme, un jeu de chaise musicale, où chacun cherche sa véritable identité. Échanges de regards, de sourires, complicité, tendresse, le ton est drôle, malgré la tragédie, c’est actuel.C’est avec beaucoup de sincérités et de sensibilité que Sophie Mounicot et Philippe Lelièvre, abordent de manière originale et troublante les situations du quotidien, oscillant entre humour et humour noir ; réel et surréalisme. C’est drôle, émouvant, profond, pari plus que réussi.

Émilie Touat

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