« UN » : MANI SOLEYMANLOU EN IRANIEN ERRANT A LA MANUFACTURE

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LEBRUITDUOFF / 19 juillet 2014
AVIGNON OFF : « UN » Mani Soleymanlou / La Manufacture du 6 au 26 juillet à 19h15.

« Un » est le premier volet d’un « triptyque identitaire » (Un – Deux – Trois) créé par Mani Soleymanlou et la Cie Orange Noyée. Seul sur scène, entouré d’une ribambelle de chaises vides dans lesquelles on peut aussi bien voir un polyèdre identitaire riche de la multiplicité de ses facettes que l’absence d’une identité fixe le coupant lui le « poly immigré » de ses origines, Mani Soleymanlou interprète avec beaucoup d’humour son propre rôle d’Iranien errant, dans un spectacle où la performance le dispute au théâtre.

Il raconte en prenant le public à témoin comment après être né en Iran, cette même Perse légendaire qui fut le berceau d’une civilisation brillante, il en fut chassé enfant par une révolution qui renversa un shah pour porter au pouvoir un dignitaire religieux chiite, ayatollah et guide spirituel de la révolution islamique de 1979. Condamné dès lors à l’exil, il connut différentes terres d’accueil qui le conduisirent tour à tour à Paris, Toronto, Ottawa et dorénavant à Montréal où il s’est établi en créant sa compagnie, Orange Noyée.

Etre né quelque part, en être exclu, vivre un éternel exil qui tout en le coupant de ses racines l’ouvre sur les richesses d’un monde polyglotte, tels sont les paradoxes vécus qui constituent à jamais son identité. En découle une série de questions qu’il partage avec le public, ces interrogations étant frappées du sceau de l’universel. Est-on lié irrémédiablement à la terre qui nous a vus naître ? Peut-on, suite à l’exil, se sentir étranger à son propre pays, n’en partageant plus ni les valeurs, ni l’histoire en train de se faire ? Que signifie être de quelque part ? Comment notre identité se construit-elle ?

Spectacle qui pose donc la question primordiale de l’identité qui nous fonde en tant qu’être à la fois singulier et social, et ce à une époque où le concept identitaire est trop souvent instrumentalisé à des fins d’exclusion. Comme quoi, avec une sacrée dose d’humour, on n’est pas devenu québécois impunément, on peut toucher à l’essentiel.

Yves Kafka

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