BOURLINGUER : L’ENVOÛTANT POEME EN PROSE DE CENDRARS AUX 3 SOLEILS

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LEBRUITDUOFF.COM / 19 juillet 2014
AVIGNON OFF : « Bourlinguer » de Blaise Cendrars, interprété par Jean-Quentin Châtelain / au Théâtre des 3 Soleils du 5 au 27 juillet à 21h30.

Jean-Quentin Châtelain, les pieds immobiles rivés au sol, la carcasse imposante traversée par la houle des grands larges, les yeux mi-clos levés vers les nuages (les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages), interprète « Gênes », l’un des onze récits de « Bourlinguer » – Edit. Denöel, 1948 – écrit par le poète voyageur Blaise Cendrars.

Avec une infinie économie de moyens, les motifs répétitifs en spirale et la diction lancinante portée par la voix magnétique du comédien fétiche de Claude Régy (Cf. Intérieur de Maeterlinck, programmé actuellement dans le festival IN) nous embarquent littéralement vers l’enfance napolitaine de ce grand aventurier, amoureux des villes portuaires et des rencontres insolites, qu’était Cendrars.

Quand le poète revient, quelques quarante années plus tard, vers les lieux de son enfance, la baie de Naples est là, toujours vibrante sous le soleil qui l’écrase, surplombée par le Voméro, la colline où s’érigeait naguère le Palazzo Scalese, maison de ses premières années insouciantes. Mais le charme est rompu, des projets immobiliers plus ou moins véreux ont bouleversé le paysage. « Il ne fait pas bon revenir dans le paradis de son enfance qui est un paradis perdu, le paradis des amours enfantines ».

Dès lors, autour de cette phrase à la mélodie fluide qui prend statut de leitmotiv lancinant, les souvenirs enfouis dans la tête de l’homme mûri par l’existence, vont être déroulés… Dans le « Clos Virgilii » où il a trouvé à nouveau refuge, ce jardin du tombeau de Virgile dominant la baie, là où il vécut des heures inoubliables avec la petite Eléna, sa compagne de jeux dont il était fou amoureux, lui reviennent, réels ou fantasmés, les fragments euphoriques de découvertes fondatrices ; tant celles de la beauté de la nature que celles autrement troublantes de la beauté féminine. S’ensuit une galerie d’images volées au passé où se précipitent, comme dans un film couleur sépia, les portraits de ceux qui de toujours ont fait de Naples une ville à part. Les réflexions qui accompagnent ces évocations de l’Italie méridionale, si bruyante et si colorée, en disant la comédie humaine qui se joue et se rejoue à l’envi dans ces contrées méditerranéennes fascinantes, renvoient, au-delà du temps, à un présent éternel qu’elles donnent à voir dans un saisissant effet de kaléidoscope.

Envoûtant est ce voyage immobile échappé des poèmes en prose de Blaise Cendrars et remarquablement interprété par Jean-Quentin Châtelain, cet itinérant solitaire qui va de port en port et qui a élu le monologue comme son terrain d’excellence.

Yves Kafka

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