FESTIVAL D’AVIGNON : « AN OLD MONK » PERFORMANT DE JOSSE DE PAUW ET KRIS DEFOORT

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68e FESTIVAL D’AVIGNON : « An Old Monk » – Conception Josse De Pauw & Kris Defoort / Tinel de la chartreuse / du 16 au 21 à 18h30 puis à 20h à partir du 18. Durée 1h15.

Il n’est question ici que de vie, à tout prix, par delà la vieillesse. Le comédien Josse De Pauw voulait depuis longtemps travailler avec le musicien de Jazz Kris Defoort et ce n’est qu’en 2012 que leur emploi du temps leur permet enfin de se rencontrer pour créer cette quasi-performance.

Deux monstres de talent dans leur domaine respectif ! Ils offrent au public avignonnais une ode à la vie et la musique, comme un pied de nez à la vieillesse du corps. D’un côté il y a « Monk », le vieux « moine » sous les traits de Josse De Pauw à qui la musique donne la vie et d’un autre Thelonious Monk, le jazzman s’arrêtant lors des concerts afin d’offrir au public quelques élégants et inspirés pas de danse.

Josse De Pauw danse la vie par son corps sur la fabuleuse musique du trio composé de Kris Defoort au piano, Nicolas Thys à la basse électrique et du très inspiré Lander Gyselinck aux percussions. Mais comment ne pas appeler ce groupe un quartet tant la fusion est grande entre les interprètes naviguant avec élégance entre improvisations et introspections ? La musique résonne aux maux de Josse De Pauw et se fait l’écho d’un désarroi face à son corps, haletant, transpirant et pourtant toujours porté par la joie d’être sur scène, comme limbé d’un bain de jouvence par les notes de musique et tirant sa force du public.

Beaucoup de larmes dans les mots du comédien, pudiquement étouffées par la joie que procurent sur lui et sur le public les trois musiciens. Josse De Pawn prend dans ses bras la scène et les spectateurs, comme un ogre désirant simplement se nourrir de musique et de vie.

Quelques images projetées aux murs, très drôles puis plus noires, toutes représentant Josse De Pauw dans la vieillesse nue de son corps. Il reprend alors de plus belle sa danse chamanique, souvent avec humour et teintée d’un cynisme jamais agressif.

Il nous parle de nous à travers lui, de son amour infini de la vie et des femmes. Il nous parle de l’ennui dans une musique qui semble l’enivrer et qui le fait comme sortir de son corps. Il oscille et se tord sur scène dans ce corps qu’il rejette et devient presque spectral, sans âge.

Sous la partition de Kris Defoort les quatre artistes improvisent sur la trame de Monk et cette forme, alliée à une imperfection maîtrisée, donne toute la force et l’entièreté humaine à ce moment de création.

Les interprètes, toujours à l’écoute les uns et des autres, ajustent chaque note, chaque pas, au souffle de l’ensemble, vers un but créatif commun duquel n’est pas exclu le spectateur. Le public halète en même temps que Josse De Pauw et profite comme lui de quelques instants de répit propices à une lente et lancinante respiration poétique sur les improvisations de Kris Defoort.

Certains appellent ce genre du « concert théâtral » mais comment ne pas voir simplement une performance complète et magnifiquement interprétée par des artistes ayant avant tout un goût et une envie folle de vie et d’humanisme ? Nul besoin de connaître le Jazz pour apprécier, une simple écoute et l’aptitude de savoir s’ouvrir aux sentiments des autres sont amplement suffisantes pour se laisser entraîner par ces quatre fabuleux artistes.

Pierre Salles

Article publié dans INFERNO MAGAZINE le 19 juillet.

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