AVIGNON OFF : « RECITS DE FEMMES », A LA FABRIK THEÂTRE

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LEBRUITDUOFF.COM / 24 juillet 2014
AVIGNON OFF : Récits de Femmes / Dario Fo et Franca Rame / Pascal Joumier / à la Fabrik’Théâtre les 5,8,10,12,15,17,19,22,24,26 juillet à14h.

Ce qui se joue sur le plateau du « Théâtre de l’Autre Scène » renvoie à un au-delà de la création artistique, médiatrice d’interactions qui dépassent son objet premier. En mettant en scène l’inconscient freudien au travers de textes symptomatiques, la compagnie créée en 1989 par René Pandelon, psychiatre et directeur artistique, offre la possibilité à des « sujets désirants » du CHS de Montfavet de se saisir d’une activité artistique créative (et non récréative). Et si la troupe qui comprend des soignants et des patients (difficile de repérer qui est qui… ce qui d’emblée nous introduit au débat initié par Artaud sur la question de savoir ce que fou veut dire; Cf. « Van Gogh, le suicidé de la société ») est dite « amateur », c’est au sens noble qu’il faut l’entendre tant le spectacle monté est de qualité.

Les quatre femmes, encadrées par deux hommes endossant le rôle de geôliers ou tortionnaires – entre autres – vont tour à tour faire entendre une voix, la leur, que la société gouvernée par les hommes, s’est employée jusque-là à vouloir faire taire. Chacune d’elle va ainsi occuper symboliquement le centre du cercle, prenant possession d’un espace qui jusqu’alors leur était interdit pour dire avec force ce qu’elles portent en elles de joies, désirs, et frustrations. Et ce disant, elles se disent et adviennent à elles-mêmes quand bien même seraient-elles exécutées pour avoir eu cette audace.

Il y a d’abord « Une femme seule », considérée comme esclave sexuelle par son mari et son beau-frère handicapé qui, enfermé à clef chez elle, trouvera l’occasion de trouver les mots pour dire sa situation, et donc se la révéler à elle-même, en parlant de son balcon (pont de vue qui surplombe) à une nouvelle voisine.
Ensuite, celle qui est « Le Viol » et comme cette chose-là est par définition de l’ordre de l’impensable, nous entendrons ses cris articulés comme un processus ; celui d’une femme qui tente d’élaborer par des mots ce qui a meurtri non seulement sa chair mais est à qualifier de viol avec effraction de son identité de femme.
Puis « Mamma Togni », vieille femme qui ose troubler un meeting des Chemises Noires en Italie pour crier son indignation face au fascisme qui lui a ravi son fils ; ce qui lui coûta un semblant de procès où elle n’eut de cesse de dénoncer l’oppression.

Enfin « Moi Ulrike », journaliste de la Fraction Armée Rouge, qui, après avoir commis des attentats en Allemagne, fut arrêtée et dû subir une longue période d’emprisonnement durant laquelle elle ne renia jamais son combat pour l’idée qu’elle se faisait de la liberté.

Paroles à vif de ces femmes qui, traitées comme des esclaves, emprisonnées ou violées trouvent l’énergie pour « dire » face aux forces oppressives qui les contraignent et ainsi, retrouvent une dignité qui leur avait été scandaleusement ravie. Convoquer les écrits de Dario Fo et de Franca Rame, au dessein de dévoiler artistiquement les forces oppressives à l’œuvre en chaque sujet contraint, relève d’une grande pertinence politique. Lorsque le théâtre questionne l’oppression, diffuse ou brutale, et redonne à chaque « acteur » une part de son identité mise à mal, il devient encore plus nécessaire.

Yves Kafka

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