AVIGNON OFF : « LES VISAGES ET LES CORPS » DE PATRICE CHEREAU PAR PHILIPPE CALVARIO : UN MOMENT RARE !

LE BRUIT DU OFF / 25 juillet

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AVIGNON OFF : « Les Visages et les Corps » de Patrice Chéreau par Philippe Calvario jusqu’au 27 juillet à la Condition des soies à 16h35

Parfois, de manière très exceptionnelle, le théâtre offre des rencontres qui transcendent l’existence pour transporter dans un au-delà de la création artistique. Cette expérience singulière, Philippe Calvario qui avait pour maître Patrice Chéreau, son compagnon, la vit chaque après-midi en direct sur le plateau intimiste de la (belle) salle circulaire de la Condition des Soies, et ce faisant, nous la fait ressentir avec une telle force que nous traversons cet espace sans en sortir tout à fait indemnes.

D’abord préciser que jamais, à aucun moment, Philippe Calvario, interprétant les textes de Patrice Chéreau, surjoue son personnage. En portant à la scène « Les Visages et les Corps », titre éponyme de l’exposition du Louvre, il devient l’homme à l’immense culture à qui le musée national avait confié un espace pour qu’il se l’approprie comme il l’entendait en tant que Grand Invité (comme l’ont été JMG Le Clézio, Umberto Eco, Robert Wilson) et qui, dans une déclaration liminaire, fin 2010, se confiait : « Je ne sais pas, moi, vivre ou fabriquer un objet, spectacle, film autrement qu’à la première personne. Je suis probablement partout, dans tous ces personnages, démultipliés, et ceux qui ne sont pas moi sont des êtres que j’ai connus ou aimés. C’est ce qui me donne l’énergie de travailler. Et aussi, le plaisir et le besoin de m’adresser aux autres… ».

Et bien, et c’est le plus bel hommage qui puisse lui être rendu, le comédien metteur en scène Philippe Calvario, se glisse dans les mots de l’acteur, metteur en scène de cinéma et de théâtre, créateur d’opéra, pour porter très haut, « à la première personne », sa pensée sensible et fulgurante. Vibrant d’émotions, habité par le souffle de celui dont il fait renaître les passions tant artistiques qu’humaines, traversé par ses accès de doute, de colère, mais aussi d’immenses bonheurs, il projette hors de lui une sorte de halo poétique dont nous nous se saisissons pour recréer l’univers dépeint.

Ainsi devant le spectateur ravi à lui-même, sont convoquées des figures légendaires, celles de Jon Fosse (et de son « Rêve d’automne »), d’Hervé Guibert, de Marianne Faithfull, Bernard-Marie Koltès, Jean Genêt, Charlotte Rampling ou encore d’Isabelle Adjani. Et, troublés au plus haut point par cette performance à « corps perdu » qui, de chaise en chaise, de fauteuil en fauteuil, sous l’éclairage vacillant de lucioles vivantes, nous conduit dans ces lignes à pouvoir euphorisant, tant leur écriture est belle, nous sommes littéralement sous le charme.

Moment rare de sensibilité artistique, fine et intelligente, qui, au-delà de faire revivre les pensées secrètes et publiques du grand monsieur qu’était Patrice Chéreau, constitue en soi un geste artistique des plus pertinents. « Ceux qui m’aiment prendront le train »…

Yves Kafka

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