AVIGNON OFF : « POETE COMME BOXEUR » A LA MANUFACTURE

LE BRUIT DU OFF / 25 juillet

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@Pierre Planchenault

AVIGNON OFF : « Poète comme boxeur » jusqu’au 26 juillet à la Manufacture à 14h25.

Né en 1929 à Constantine, à l’Est de l’Algérie, Kateb Yacine décrit sa propre famille comme atteinte du virus littéraire ou artistique. C’est donc, dans les écoles et lycées français, qu’il étudiera, suite aux exigences de son père. Témoin du massacre de milliers d’Algériens, il sera emprisonné suite aux manifestations de Sétif du 8 mai 1945.

Il en sera à tout jamais marqué. Il connaîtra, également à la même époque l’amour, amour controversé, puisqu’il s’agira de sa cousine Nedjma, titre de son premier roman. Il travaillera jusqu’en 1952 comme journaliste au quotidien Alger Républicain puis sera contraint de s’exiler quelque temps en France, et notamment à Paris, où il rencontrera des personnalités qui changeront à tout jamais sa vie. L’une d’entre elles, Jean-Marie Serreau, signera la mise en scène de sa première pièce, interdite en France, « Le cadavre encerclé ».

De retour en Algérie, il reprend alors son poste de journaliste. C’est en 1970, date de création de sa troupe de théâtre, qu’il se consacrera complètement à l’écriture ainsi qu’à la mise en scène de pièces en arabe populaire, traitant particulièrement de grands sujets de société.Mort en 1989, il n’aura cessé de prouver par le théâtre l’identité d’un pays, son pays, multiculturel et les aspirations de son peuple. Larbi Betsam, musicien et chanteur (un des maîtres de la musique Diwane, musique mystique et métissée, pratiquée à l’origine par les descendants d’esclaves d’Afrique noire et permettant avec poésie, de décrire le quotidien et les fléaux de leurs semblables NDLR) sera le fil conducteur de cette pièce. Sa voix est d’une telle puissance qu’à chaque parole le dialogue vous cogne le visage. Elle rythme avec grâce, passion et force, le récit d’un Kateb Yacine, visionnaire, révolutionnaire et empreint d’une colère palpable face au monde, interprété magistralement par Azzedine Benamara.

Par des séquences saccadées, accompagnées d’un travail lumière judicieux, plongeant le comédien dans la pénombre ; la puissance des mots est folle et ces mêmes mots résoneront sans cesse… Pas de doute, ce « concert dramatique », est une pure merveille.

Émilie Touat

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