LE MARCHAND DE VENISE, THEÂTRE DE L’OULLE

venise
LEBRUITDUOFF.COM – 05 juillet 2015

Le « Marchand de Venise » mes Pascal Faber / au Théâtre de l’Oulle – 13h00 – durée 1H30

Souvent taxée d’antisémitisme, cette pièce de Shakespeare n’est pas la plus jouée. Et pourtant il n’en est rien… Shakespeare décortique encore ici tous les ressorts des sentiments humains.

Le jeune Bassanio, sans le sou et follement épris de la belle Porcia, demande à son ami Antonio, riche marchand et armateur vénitien, de l’aider. N’ayant pas de liquidités, cedernier va demander de l’aide au juif Shylock, souffre-douleur des chrétiens. Shylock accepte mais demande dans le contrat une livre de chair d’Antonio au cas où celui-ci ne pourrait honorer sa dette…

Longtemps classée comme comédie, cette pièce de Shakespeare commence en effet comme un simple bluette amoureuse, mais Pascal Faber, le metteur en scène, plonge dès le début de la pièce le spectateur dans une sorte de trouble en plaçant le juif Shylock au cœur du Ghetto, zone du quartier historique de Cannaregio de Venise dans lequel les juifs étaient cantonnés, affublés d’un bonnet rouge lorsqu’ils devaient sortir pour commercer.

Ruiné par la perte de sa flotte, le riche marchand ne va paspouvoir rembourser et le juif Shylock va donc aller en justice réclamer sa livre de chair. Humilié, ghettoïsé, rabaissé à longueur de journée par les chrétiens, le juif Shylock, dans toute son humanité va vouloir se venger de ses persécuteurs et c’est bien là que toute la finesse des personnages de Shakespeare transpire. Nul manichéisme dans cette pièce. L’Homme en devient animal, un animal blessé qui a toutes les difficultés à transcender sa haine accumulée mais qui demeure profondément humain.

Le jeu des acteurs, et en particulier celui de Michel Papineschi dans le rôle de Shylock interprété avec beaucoup de nuances et une dureté de façade empreinte de beaucoup d’humanité, offre un beau moment de théâtre shakespearien, le ton est juste et le trait léger, l’alternance des moments de comédie et dedrame humain s’avère particulièrement équilibrée. Le choix des costumes, mêlant des costumes contemporains à ceux du XVIème siècle vénitien, souligne, s’il en était besoin, la contemporanéité du propos.

Nul doute que cette pièce peut mettre mal à l’aise tant le propos nous parait actuel et la trame si humaine et que nombre de spectateurs vont en débattre entre eux à la sortie du théâtre. Mais n’est-ce pas là une des fonctions essentielles du théâtre : éclairer et faire débat…

Pierre Salles

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Comments
2 Responses to “LE MARCHAND DE VENISE, THEÂTRE DE L’OULLE”
  1. Olivier Minarro dit :

    Un très bon moment et surtout grâce à Michel Papineschi qui est merveilleux et qui sait rendre ses partenaires meilleurs. J’ai adoré ce Shylock tout en profondeur et en troubles.
    Merci Mr Papineschi, merci mille fois.

  2. Faber dit :

    Merci pour cette critique ! Bon festival