« BARBARIANS » : HOFESH SHECHTER FAIT EXPLOSER LES DECIBELS A LA FABRICA

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LEBRUITDUOFF.COM – 13 juillet 2015

FESTIVAL D’AVIGNON : Barbarians – Hofesh Shechter / La fabricA / Dimanche 12 juillet 2015.

« Barbarians » : Hofesh Shechter fait exploser les décibels à la FabricA

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’une apparition du chorégraphe israélien, installé désormais à Londres, ne peut pas passer inaperçue… ou plus exactement ne peut pas risquer d’être « in-entendue ». Un écriteau à l’entrée de la salle prévient d’ailleurs le public que, en raison de l’intensité sonore, les personnes sensibles sont invitées à utiliser les bouchons acoustiques mis gracieusement à leur disposition. Précaution non surfaite vu le tonnerre tellurique déferlant en vagues successives entre des intermèdes de musiques beaucoup plus soft. C’est là la marque de fabrique du chorégraphe que de mettre en transe son public par un univers sonore saturé de décibels. Ce qui peut ne pas être du goût de tous, preuve en est le départ (silencieux…) précipité de Marisol Touraine, ministre de la santé, qui n’a sans doute pu supporter que son projet de loi pour réduire la puissance sonore émise lors des concerts soit ainsi ridiculisé.

La danse contemporaine sollicite autant l’intelligence de celui qui la reçoit que la sensibilité émotionnelle qu’elle mobilise chez le spectateur, immergé dans ce bain de sensations fortes produites tant par l’énergie qui circule dans le corps des danseurs que par l’univers visuel et sonore qui les accompagne. Force est de constater ici, que contrairement à ses précédentes productions marquées du sceau d’un engagement politique assumé, si Hofesh Shechter s’est assagi au niveau d’un message difficile à déceler, il a tout au contraire surinvesti la dimension émotionnelle en la faisant passer par tous ses états.

En effet, la trilogie présentée pourrait évoquer un melting pot de tableaux chorégraphiés et de musiques rock, techno, baroques etc. alternant des temps hypnotiques et des temps mesurés où, entre autres, dans le premier volet, la musique baroque hautement stylisée (de François Couperin) vient rompre le déferlement de sons saturés.

The Barbarians in love se joue des codes de la musique baroque en la mêlant à d’autres beaucoup plus contemporaines pour, avec neuf danseurs qui apparaissent et disparaissent au gré des faisceaux des cônes de lumières projetées, proposer des temps effervescents qui alternent avec des temps poétiques. Il se conclut par un face à face avec le public des danseurs, mis à nus. Peu d’échos suscités par ces barbares amoureux…
The Bad, lui beaucoup plus percutant et engagé corporellement, mobilise cinq danseurs aux allures athlétiques qui se lancent dans des figures physiques où s’éprouvent dans des corps à corps effrénés les ego mis en tension.

Enfin, Two Completely Different Angles of the Same Fucking Thing projette deux danseurs dans un entre deux (presque) banal sur les figures homme-femme mis en relation.

Comme l’affirme le chorégraphe, dont la réputation n’est plus à faire : « Je conçois toujours des plans mais les respecte rarement. Mes titres ne sont pas là pour illustrer mais pour provoquer la curiosité ». Effectivement, ce que l’on retiendra, ce n’est pas un sens qui nous a échappé (à supposer qu’il ait existé), mais ce formidable flux d’énergie électrique (surtout dans le second volet) soutenant la puissance corporelle de danseurs impeccablement unis sur le plateau de la FabricA.

Yves Kafka

Article publié en partenariat avec INFERNO MAGAZINE

Photo Jake Walters

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