« ET MON MAL EST DELICIEUX », GERARD VANTAGGIOLI, CHIEN QUI FUME

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« Et mon mal est délicieux » – Michel Le Royer – mes G.Vantaggioli – Théâtre du Chien qui fume – 17h40 – durée 1h.

Voila un grand moment de théâtre rempli d’émotion, de tendresse et d’amour sur les planches du Chien qui fume. Sous la direction de Gérard Vantaggioli, l’immense Michel Le Royer nous plonge dans une des périodes les plus fastes du Festival d’Avignon.

Juste avant la guerre, Max, jeune juif, vit une idylle avec Luz, belle espagnole qui vit dans les ruines de la Chartreuse de Villeneuve. Luz ne rêve que de théâtre et se voit déjà telle Chimène déclamer les vers du Cid. Faute de mieux Max est son Rodrigue. Un soir Gérard, un beau ténébreux de passage, remplace Max et promet à Luz de revenir jouer le Cid pour elle une fois la guerre finie. Luz va très vite identifier ce jeune ténébreux comme étant Gérard Philipe et attendra son retour en 51 dans la Cour d’Honneur. Max la soutiendra jusqu’au bout, jusqu’à la mort.

Adapté par Laurence Werlé, le texte de Michel Quint offre une lecture humaine des instants cruciaux des grands moments de l’histoire, ici l’après-guerre. On y croise Vilar, le TNP et les magnifiques acteurs qui ont transcendé cette période avec ce désir profond et sincère de Vilar d’offrir un théâtre populaire et non populiste aux français. Luz et Max sont Chimène et Rodrigue et leur histoire se confond dans le drame avec celle du Cid.

Sur scène, un jeune écrivain, joué ici par Adrien James, un élève de Michel Le Royer, donne la réplique et relance le vieux Max. Les souvenirs jaillissent, le drame voit le jour, la tension monte et une magnifique émotion s’empare du public.

Un trouble certain s’installe dans le public tant la limite entre la vie du comédien et son rôle semble peu à peu s’estomper. Michel Le Royer est aussi cette mémoire du TNP, contemporain de Gérard Philipe et Vilar, ayant participé à la seule mise en scène de Gérard Philipe « La nouvelle Mandragore ». Moment touchant lorsqu’après de longues minutes d’applaudissements Michel Le Royer parle au public de son âge, de la fin de sa carrière et de son besoin vital de transmettre le théâtre aux jeunes comédiens ou simplement à tous les amoureux du théâtre et des mots.

Un très beau moment de théâtre au « Chien qui fume ». Comme suspendu dans le temps, Michel Le Royer ouvre son cœur sans retenue et déclame au public avignonnais tout l’amour qu’il a pour le théâtre, les mots et cette vie qui semble le submerger de bonheur à chaque instant.

Pierre Salles

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