UNE « CANTATRICE CHAUVE » MASSACREE AU THEÂTRE DU ROI RENE

canta

LEBRUITDUOFF.COM – 15 juillet 2015

La Cantatrice chauve – Théâtre du Roi René à 18h20 – Durée 1h.

Ne pouvant résister au plaisir de revoir ce petit bijou d’Eugène Ionesco qu’est « La Cantatrice chauve », j’ai décidé de braver au théâtre du Roi René le confinement d’une foule qui rappelle sans doute à nos amis parisiens le métro à six heures du soir un jour de grève en pleine canicule pour assister avec une gourmandise présumée à cette pièce mythique.

Dans une salle à la climatisation incertaine et sur des bancs brise-dos, cet effort a été loin d’être récompensé. Malgré quelques idées intéressantes et une bonne interprétée par un travesti plutôt viril et autoritaire assez réussi, le sel de la pièce et l’humour absurde d’Ionesco ne se retrouvent pas dans ce spectacle.

La savoureuse scène polémique dans laquelle Madame Smith affirme que « lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne… » est pratiquement passée sous silence, comme si le comique de répétition n’était plus de mise. Durant les longs silences entre les Smith et les Martin les acteurs jouent avec leurs téléphones portables alors que l’effet comique devrait reposer sur le silence lui-même et sur quelques toussotements et expressions gênées des acteurs.

Passons vite sur les quelques scènes musicales particulièrement malvenues. Du rock… ou pire : « L’été indien » de Joe Dassin avec une partie du public égarée qui tape dans ses mains. Pour terminer la délirante et incohérente scène finale est abrégée. Le public ne la comprendrait-il pas ?

Si l’intention de moderniser cette pièce est louable il faut le faire autrement. Il semble que l’on considère ici que le public actuel n’est plus en mesure d’apprécier cet humour absurde et raffiné, les longs silences, le comique de répétition, qu’il lui faut des divertissements pas trop subtils. C’est sous-estimer le public et mal comprendre Ionesco.

Courez plutôt au théâtre de la Huchette à Paris pour voir ou revoir cette « Cantatrice » qui a été jouée sans interruption dans ce théâtre plus de 18 000 fois depuis 57 ans non sans raisons dans une mise en scène à l’humour « british » et dans des décors délicieusement surannés.

Si vous déambulez néanmoins vers le « Roi René » et si vous ne l’avez pas encore vue malgré sa récurrence dans le Off, allez plutôt voir « Motobécane » qui, loin d’être une création, reste une magnifique pièce de Bernard Crombey qui ne manquera pas de vous émouvoir au plus haut point.

Jean-Louis Blanc

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Comments
4 Responses to “UNE « CANTATRICE CHAUVE » MASSACREE AU THEÂTRE DU ROI RENE”
  1. Delphine Prefaut dit :

    Quel dommage qu’une si belle interprétation et mise en scène soit « massacrée » par un article sans réelle profondeur. Effectivement si vous cherchiez à revoir « la Cantatrice Chauve » classique de Ionesco il fallait aller au théâtre de la Huchette.
    Le but ici, je crois, n’est pas de se comparer à la version classique de la pièce, mais d’en faire une interprétation moderne, différente, singulière. Et quel courage et quelle audace il faut a une jeune troupe pour oser s’attaquer à un tel classique! Et la Compagnie Indigo annonce la couleur dès le debut avec ses homards et ses parapluies roses.. Vous étiez prévenu!
    Le résultat est à la hauteur des attentes, une pièce pétillante qui garde l’atmosphère absurde de Ionesco tout en la mettant au goût du jour. C’est décalé, drôle et vivant, les acteurs sont excellents, un grand moment!
    A aller voir sans hésitation! ..si vous êtes bien sur assez ouverts d’esprit pour apprécier une interprétation moderne d’un grand classique…

  2. Bertrand Marx dit :

    C’est consternant de constater à quel point dès qu’on est un peu original, il y aura toujours un avis critique « traditionnel » qui nous empêchera de penser autrement. J
    e ne partage pas du tout l’avis de l’auteur de l’article, bien trop classique à mon goût.
    Au contraire, j’ai adoré cette mise en scène : rénovée, colorée, moderne ! un vrai talent des acteurs et une originalité assumée qui permet d’inscrire cette cantatrice en 2015.
    C’est regrettable de ne pas permettre de penser autrement que dans le classicisme le plus neutre.
    L’auteur de cet article ferait mieux de rester chez lui à lire la pièce ou bien encore de monter sa propre mise en scène plutôt que se poser en donneur de leçons.

  3. Fibi dit :

    Je trouve votre titre d’article assassin.
    J’ai pour ma part beaucoup aimé cette version de La Cantatrice, surprenante et decalee.
    La version de la Huchette est évidemment une institution mais je salue l’audace qu’a cette jeune compagnie de faire autre chose!
    Les moments musicaux ne m ont pas empêché de profiter du texte de Ionesco, quand aux portables j’ai trouvé cela d’une actualité cinglante.
    Et pour ma part, je tapais dans les mains pendant l’été indien et je ne me sentais nullement égarée!
    L’art est décidément bien subjectif.

  4. Ma Mémé dit je la cite  » ils auraient pu écrire en titre  » Chauve qui peut  » oui Mémé mais attends l’apéro pour sortir tes blagues ! ici il y a des gens qui pensent de la tête qui te lisent !