« LE VOLEUR D’AUTOBUS », AU THEÂTRE ACTUEL

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« Le voleur d’autobus » – Cie « Ali n’est pas baba » au Théâtre Actuel – 13h40 – durée 1h10

Le théâtre du Maghreb et en particulier algérien n’est malheureusement pas courant dans ce Off qui se veut international mais il n’est peut-être pas si facile dans ce pays de parler des problèmes de société et qui plus est de les théâtraliser. C’est en France que Nour-Eddine Maâmar, qui a quitté l’Algérie depuis les années 88, traduit cette pièce de Boubakeur Makhoukh, écrivain, comédien et metteur en scène algérien obligé lui aussi de quitter son pays dans les années 95.

Accusé d’avoir volé un autobus, Cherif va se retrouver devant ses juges et va tenter de leur expliquer la somme de frustrations et de détresse sociale qui l’ont conduit vers ce geste absurde mais essentiel pour lui. Il va alors leur conter le récit de sa vie.

Cherif n’a pas le sou et doit rejoindre sa femme Djamila qui est mourante à l’hôpital, il décide de prendre le bus mais, excédé par un chauffeur dilettante qui stoppe son bus tous les 100 mètres, il profite d’une absence de celui-ci pour conduire lui-même le bus jusqu’à l’hôpital …

Comme seul décor, un mur crasseux, c’est celui de la maison de Cherif et Djamila. Flash-back du début de l’idylle aux rêves de jeune couple de mariés. Les enfants, la maison… rien n’arrive comme prévu et le rêve devient vite un cauchemar dans un pays dévasté dans lequel pour beaucoup l’espoir n’est plus de mise et est souvent remplacé par la peur. Yamin Dib dans le rôle de Cherif nous offre une palette de jeu réellement étendue, juste et très vivante, du jeune marié plein de tendresse et d’amour aux déboires du couple en pleine déconfiture, dans un pays en pleine ruine sociale. Yamin Dib mène à bout de bras ce couple sous nos yeux. Aidé par un texte souvent assez drôle et par un réel travail du corps, il jongle avec tous les personnages dans une mise en scène qui arrive par sa simplicité à ne pas laisser le public au bord de la route lors de ces multiples flash-back.

il est à regretter une distribution manquant d’homogénéité du fait d’une « Djamila » beaucoup plus à l’aise dans le registre du reproche d’une vie loupée que dans les dialogues amoureux espiègles et légers.

Malgré ces imperfections il est essentiel de découvrir et de soutenir d’autres théâtres, en espérant qu’il sera un jour possible d’accueillir réellement des troupes algériennes engagées qui nous fassent découvrir des textes emplis de poésie, de révolte et d’espoir, sur des mises en scène et textes contemporains.

Pierre Salles

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