EN ATTENDANT GODOT, THEÂTRE DES HALLES

godot

LEBRUITDUOFF.COM – 19 juillet 2015

En attendant Godot – Cie Théâtre de L’Incendie – au Théâtre des Halles à 19h30 – Durée : 1h55

Cette pièce de Samuel Beckett, créée dans la France de l’après-guerre, est devenue rapidement un grand classique du théâtre du XXème siècle après avoir fait l’objet de scandales lors de sa création.

Présentée habituellement comme une pièce du théâtre de l’Absurde, elle est sans aucun doute plus que cela au-delà des apparences ou même autre chose que cela. Elle est empreinte en permanence d’une grande humanité avec ses faiblesses, ses perversités, sa tendresse et surtout son espérance. Le texte ouvre de larges possibilités quant à son interprétation et laisse la porte ouverte à l’imagination du public et au jeu des acteurs.

Vladimir et Estragon, au ban de la Société, au milieu de nulle part et au pied d’un arbre sec et chétif attendent Godot. Estragon pense souvent à partir mais il faut rester car Godot viendra sans doute ce soir. Vladimir pense à se pendre mais l’arbre est trop fragile, et que deviendrait l’autre si un seul parvenait à se pendre ? Chacun a besoin de l’autre et surtout de sa parole. Même si c’est pour parler de vieilles chaussures la parole permet de survivre et d’attendre.

Enfin un homme surgit sur scène ! Mais ce n’est pas Godot, c’est Pozzo accompagné de Lucky tenu en laisse et marchant au fouet, une sorte de sous-homme réduit à l’état d’esclave pour qui la parole, même incohérente, est une libération. C’est sans doute un simulacre de l’organisation des sociétés humaines basées depuis toujours sur la domination des uns sur les autres…

Un jeune garçon éthéré vient de la part de Godot. Il viendra demain… Malgré la curiosité de Vladimir et Estragon on apprend peu de choses sur lui. On apprend tout de même que Godot a une barbe blanche. Est-ce Dieu, un Sauveur ? Et le jeune garçon est-il son messager ? Beckett aurait réfuté cette interprétation assez courante mais il arrive que l’œuvre échappe à son créateur.

Mais alors qui serait Godot ? Qu’apportera-t-il ? On ne sait pas mais ce sera sûrement une nouvelle raison de vivre, un fil conducteur. Godot est sans doute l’Espoir, ce sentiment spécifiquement humain qui se renouvelle sans cesse au fil des déceptions et qui redonne constamment goût à la vie.

Dans la platitude et le non-sens de cette vie quotidienne il n’y a pas d’avant, les jours précédents sont sans importance ou oubliés. Il y a par contre toujours un lendemain. Si Godot ne vient pas on l’attendra demain et même le surlendemain.

Dans cette nouvelle production du « Théâtre de l’Incendie », la mise en scène de Laurent Fréchuret est remarquable de justesse. La distribution est parfaitement homogène et l’adéquation entre le jeu des acteurs et les personnages de Beckett est parfaite. On retiendra en particulier la prestation de Jean-Claude Bolle-Reddat avec sa voix de fausset aux expressions multiples qui campe un extraordinaire Estragon et qui joue successivement avec grand talent sur les registres de la drôlerie, de l’émotion et de la tendresse.
Voilà un magnifique moment de théâtre qui nous fera penser longtemps à ces personnages égarés mais profondément humains et au Godot que chacun de nous attend.

JLB

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