JORGE LAVELLI, « ON NE L’ATTENDAIT PAS », PRESENCE PASTEUR

JorgeLavelli

LEBRUITDUOFF.COM – 19 juillet 2015

On ne l’attendait pas ! de Stig Larsson – MES Jorge Lavelli – Présence Pasteur à 20h – Durée : 1h15

On n’attendait pas la venue de Jorge Lavelli dans le Off d’Avignon. Ce metteur en scène mythique d’origine argentine, bien connu du Festival d’Avignon où il a créé une dizaine de spectacles entre 1967 et 1993 dont un mémorable « Conte d’hiver » dans la Cour d’Honneur, s’est révélé être un acteur majeur dans l’évolution de la mise en scène du théâtre contemporain et de l’opéra au cours de la deuxième moitié du XXème siècle sur les plus grandes scènes internationales.

Il semble que cet octogénaire passionné et visionnaire, n’ayant plus rien à prouver, ait abordé avec gourmandise cette pièce exigeante de Stig Larsson, auteur contemporain suédois reconnu et controversé, avec la volonté de mener une expérience théâtrale sur le jeu de l’acteur.

La pièce, intitulée à l’origine « Le retour du bagnard », relate le retour inattendu d’un père auprès de sa femme et de sa fille. On ne sait pas pourquoi il est parti… Pourquoi ? Depuis quand ? Dès son retour les meurtrissures du passé remontent à la surface avec une grande violence. Que s’est-il passé ? La fille a-t-elle été maltraitée ? La femme abandonnée ? Les reproches sont flous mais il subsiste un besoin de se rapprocher par le corps plus que par le langage. Mais est-on vraiment dans le réel ou est-ce un cauchemar ? Les rêves et les fantasmes profonds se mêlent et se confondent avec la réalité. On reste étranger à cette famille que l’on comprend mal. Leur mal-être est-il compris d’eux-mêmes ou relève-t-il d’un inconscient profond ?

Un quatrième personnage intervient momentanément au cours de la pièce et rompt enfin ce huis clos familial. C’est un professeur, amoureux semble-t-il de la fille, qui tente d’instaurer un dialogue cohérent. Il semble lui-même un spectateur égaré comme nous et part, incompris, laissant cette famille dans son microcosme intime et surréaliste.

L’action se déroule sur un simple plancher circulaire en bois clair entouré d’une zone sombre avec quelques chaises de style nordique. Ce décor accentue l’isolement physique et mental de cette famille qui s’entredéchire ou qui se livre à une fusion des corps.

La mise en scène de Jorge Lavelli est crue, directe, d’une grande vitalité mais joue successivement sur les registres de la violence, de l’émotion, du pathétique, du loufoque, voire du poétique. La pièce semble être un prétexte pour permettre à ces jeunes acteurs de libérer toute leur créativité et toute leur énergie. Le jeu des acteurs est débridé, fiévreux, déstabilisant. La parole et le corps se libèrent enfin dans un paroxysme violent.

Cette pièce, forte, exigeante et dérangeante, laisse la porte ouverte à l’imagination de chacun. On y sent la patte d’un grand metteur en scène avide d’extraire sans retenue toute la créativité et la puissance artistique de ses acteurs.

JLB

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