« LE FRICHTI DE FATOU », FAÏZA KADDOUR, PRESENCE PASTEUR

frichti

LEBRUITDUOFF.COM – 18 juillet 2015

« Le frichti de Fatou » – Faïza Kaddour – à Présence Pasteur – 19h40 – durée 1h30

Folle épopée que celle de Fatou, de son bled algérien à un immeuble en plein Paris. Elle va de rencontres en coïncidences découvrir son corps, son plaisir et sa liberté. Vouée à devenir une parfaite ménagère, Fatou va se marier à un homme plus âgé qui va la faire venir en France. D’abord cloîtrée à la maison elle va découvrir Jeanine au planning familial …

L’auteure et comédienne Faïza Kaddour a écrit ce texte en 2006 dans le cadre d’une commande sur la mécanique de la sexualité. Très vite, de par sa double culture, française par sa mère et algérienne par son père, Faïza Kaddour a construit son texte autour de deux axes à savoir la sexualité et le choc probable de deux cultures. Nulle trace de religion dans ce spectacle mais plutôt la vie de Fatou, née au bled, un endroit pauvre et reclus où chaque femme voit le jour pour se marier, faire des enfants et être une bonne épouse.

Choc des cultures lorsque Fatou va faire connaissance avec Jeanine qui va lui expliquer le plaisir et l’amour. Le texte va droit au but pour expliquer en détail la mécanique de la sexualité féminine et masculine mais il reste terriblement drôle et déride les plus crispés sur ce sujet. La comédienne semble à l’aise dans tous les registres, de celui de la toute jeune femme frappée par son père à celui de la femme découvrant son corps. Sur scène la chimie du sexe et ses ingrédients passe par la confection d’un plat. Les odeurs d’épices montent au nez des spectateurs et offrent une saveur particulière au texte. Comme un reflet de la conscience de Fatou, Agnés Doherty rythme efficacement et avec poésie le texte au son de sa contrebasse et de son violoncelle et habille la mise en scène de Jean-François Toulouse dont la proposition enchante par la légèreté et la poésie, même si le propos est parfois cru ou dur. Il est évident que l’ensemble des protagonistes s’interdit tout manichéisme mais propose plutôt une vision très humaine de la situation de Fatou, femme en plein devenir.

Un excellent moment de théâtre empreint de poésie et d’humour mais avant tout formidablement interprété par un diablotin en jupon qui semble tout pouvoir jouer avec justesse. Profitez-en pour emmener vos ados, ils en apprendront beaucoup plus et surtout plus justement sur l’alchimie de l’amour et la réalité d’une double culture dans ce spectacle que sur les « réseaux asociaux ».

Pierre Salles

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