« QUAND JE RENTRERAI A LA MAISON JE SERAI UN AUTRE » : UN THEÂTRE ET SON DOUBLE, QUI SE NOIE DANS SON REFLET…

2015_cuando_marianopensotticbeniaminboar-3_0

LEBRUITDUOFF.COM – 22 juillet 2015

Festival d’Avignon 2015 : « Quand je rentrerai à la maison je serai un autre » – Mariano Pensotti – la Fabrica les 18, 19 , 20, 21 et les 23, 24, 25 juillet à 18h

Beaucoup de bonnes intentions (la lecture de l’entretien avec le metteur en scène, inséré dans le programme de salle, est assez passionnante) et à l’arrivée une déception : tout ça pour ça, serait-on tenté (peut-être trop rapidement) de dire…

Partant d’une anecdote réelle, la « découverte » par son père, quelques quarante années plus tard de sacs poubelles contenant des reliques soustraites à la junte fasciste argentine – écrits marxistes, agendas, photographies, lettres d’amis et une cassette… – qu’il avait soigneusement enfouies au fond du jardin, Mariano Pensotti, sorte d’Indiana Jones, explore en archéologue le travail de la mémoire déformante et des mythes familiaux qui construisent nos identités.

Sommes-nous autre chose qu’une somme de « projections », aussi bien les nôtres que celles des autres ? La question est mise en scène sur des tapis roulants qui défilent présentant des saynètes ou des tableaux vivants – style série B télévisuelle – mettant en lumière cette question des doubles et des images projetées qui nous tiennent lieu d’identité.

« J’envie le monde entier de n’être pas moi » écrivait Fernando Pessoa dans « Le livre de l’intranquillité » marquant la grande fatigue d’être soi mais, à l’autre bout de la même chaîne qui nous contraint, nous savons bien l’angoisse que génère en nous l’idée insupportable de n’être plus rien. Ainsi la fuite en avant des personnages de Mariano Pensotti, personnages « inventés » avec ses acteurs, pour courir dans un élan sans fin après l’image d’eux qui les hante.

Vont défiler ainsi, classées en plusieurs chapitres annoncés par des cartons style cinéma muet, comme dans un musée imaginaire, outre l’histoire emblématique de l’écrivain achetant un sac aux puces (le sien !), y découvrant une liste de courses (la sienne, vieille de nombreuses années), et ne pouvant trancher s’il s’agit de son présent ou de son passé, se tire une balle de révolver dans la tête… celle de la pièce de théâtre écrite par Manuel, fils de Mariano, et copiée par un imposteur qui est allé jusqu’à lui voler son prénom… ou encore celle de Natalia qui retrouvant la musique de son père va pleinement advenir à elle-même en tant qu’artiste… ou encore celle de celui qui ayant dérobé l’identité de Manuel pour jouer sa pièce, puis, ayant été démasqué, ne pouvant supporter que l’image idéalisée qu’il s’était fait de son héros se désagrège au contact du réel, trouve refuge dans un bar à travestis (double mise en abyme) où il rencontrera enfin le succès en jouant les Beatles.

Histoires de doubles en « tous genres » qui repassent le plat de la question identitaire à une allure de dessins animés. Si bien que lorsque le défilé s’arrête – il aurait pu continuer encore longtemps ainsi, heureusement il n’en est rien ! – on reste sur notre faim, un brin déçu par le hiatus entre la force du propos et l’aspect un peu superficiel de son traitement.

Yves Kafka

Photo Festival d’Avignon

Publicités

Commentaires fermés