« CHARLOTTE SALOMON » , SENSIBLE HOMMAGE A UNE JEUNE ARTISTE

Charlotte Salomon (1917–1943), Auto Portrait. JHM C Charlotte Salomon Foundation

LEBRUITDUOFF.COM – 23 juillet 2015

Charlotte Salomon – Théâtre des Italiens – Du 4 au 26 juillet 2015 – 13h30 – Durée : 1h

Anne Marie Cellier aime mettre en scène des parcours exceptionnels, des personnalités hors du commun. Sa petite compagnie familiale du Gard vit son petit bonhomme de chemin aux côtés des grosses machines commerciales.

Cette année elle présente un texte écrit il y a 4 ans pour sa fille qui a, dit l’auteur, de nombreux points commun avec Charlotte Salomon. Nous la connaissons plus depuis quelques mois car elle fut pour beaucoup découverte au cours de la dernière saison littéraire au travers du livre de David Foenkinos « Charlotte », Prix Renaudot 2014.

Un destin hors du commun romancé pour l’un, objet théâtrale pour l’autre.

Ce qui frappe dès que l’on rentre dans la salle c’est la saisissante et magnifique scénographie de Dominique Raynal. : quatre longues silhouettes, de très longilignes et fines robes blanches statiques sur une scène agrémentée de deux grilles et de coffres en bois. Comme les fantômes des femmes de la famille de Charlotte. Puis se dessinent 3 autres mannequins, tout aussi grands, des figures masculines.

Charlotte est la joie de vivre. Née en 1917 à Berlin dans une famille aisée de la communauté juive, elle porte le prénom d’une de ses tantes disparue avant sa naissance. Elle a 9 ans lorsque sa mère se jette par la fenêtre. Son entourage lui fera croire qu’elle est morte de la grippe. Le remariage de son père rend morose l’enfant jadis joyeuse. Elle cultive le goût pour l’art : peinture, musique, chant. Elle parvient à échapper à l’arrivée des nazi en s’installant à Villefranche sur Mer, chez ses grand-parents. Nouveau suicide, celui de sa grand-mère. Une première arrestation et une libération. Entre 1940 et 1942 elle lutte contre le désespoir en se lançant dans une oeuvre de création foisonnante : 1000 gouaches, textes et partitions qui formeront « Leben ? Oder theater ? » (Vie ? Ou Théâtre ?). Dénoncée elle mourra à Auschwitz à l’âge de 26 ans.

La force de l’adaptation théâtrale de Anne-Marie Cellier est dans l’écriture simple et poétique. La jeune Swan STAROSTA incarne avec une grande sensibilité une Charlotte parfois espiègle, parfois renfermée, mais surtout une jeune femme amoureuse de la vie, lumineuse et qui veut porter un message d’espoir. Elle est accompagnée par Jérôme Frey qui l’entoure de sa bienveillance et passe avec justesse d’un personnage à l’autre puisqu’il est l’image de ceux qui ont marqué la vie de Charlotte. Le couple de comédiens donne une partition tout en sensibilité.

La mise en lumière d’Hervé Lavit insiste sur une certaine nostalgie, une atmosphère propre à la confidence, jouant sur le tragique de ce destin d’une jeune femme assoiffée de vie alors que la mort la cerne de tous les côtés. La Compagnie a obtenu l’autorisation d’utiliser 4 des œuvres de Charlotte SALOMON. Elles s’intègrent dans le décor par projection sur les longues silhouettes blanches, animant les longs mannequins grâce au travail du vidéaste Fred Ladoue.

L’affiche, un auto-portrait de Charlotte, vient d’être primée dans le cadre du Festival Off. Les oeuvres de Charlotte Salomon sont aujourd’hui exposées au musées juif d’Amsterdam.

En bref : une évocation toute en sensibilité d’une jeune femme talentueuse au destin tragique, dont le parcours artistique se veut message de joie et d’espoir. Un spectacle d’une très belle esthétique et deux comédiens complémentaires.

Christine Eouzan

Visuel : Charlotte Salomon (1917–1943), Auto Portrait. JHM C Charlotte Salomon Foundation

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