« BRAISES » : GRANDIR ET S’ÉMANCIPER AU CONFLUENT DE DEUX CULTURES

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LEBRUITDUOFF.COM – 23 juillet 2015

« Braises » – La Manufacture (La Patinoire) – du 6 au 25 juillet – 12h55 – Durée : 1h25 (y compris trajet).

Grandir dans une cité lorsque l’on est française issue de l’immigration et qu’arrive l’adolescence, l’éveil des corps et des sentiments : pas simple. Comment concilier l’envie de vivre comme les autres filles de la classe tout en restant dans le respect de la famille, de sa culture. Et puis il y a les hommes et surtout le grand frère, celui qui, avec la horde de loups, protège les habitants de la tours, et notamment les petites sœurs.

C’est un grand jour pour Leila. Aujourd’hui elle se marie. Avec Samir. Tandis qu’elle se prépare sa mère est confuse. Arrive Neima, la sœur absente depuis deux ans. C’est également le nombre d’années qui sépare les deux jeunes filles. Dans sa belle robe blanche Leila voudrait aborder sereinement ce grand jour. Mais les souvenirs des moments partagés avec sa grande sœur la troublent : leur enfance et leur adolescence tiraillée entre deux cultures. L’école où on parle de liberté, où l’on dit que ton corps t’appartient. La maison où tu apprends que ton corps appartiendra à ton mari. Neima qui a choisi de suivre les élans de son cœur partagés avec Jérémy, malgré la réprobation familiale.

Dans une société qui chaque jour s’interroge sur les questions d’intégration et d’identité nationale BRAISES dresse un constat sans concession sur la cohabitation des cultures, les difficultés de la communication inter générations, la place des femmes et leur capacité à résister.

Dans un décor simplement constitué d’un canapé et d’un miroir près duquel sont posées deux chaussures rouges, les trois femmes évoluent avec la complicité, la tendresse et les tensions qui règnent entre mères et filles. L’une semble figée dans sa belle robe de mariée tant que l’autre virevolte avec l’énergie de la jeunesse, pleine de son désir d’insouciance.

La mise en scène sobre permet à chacune d’exprimer les tourments, les joies, les doute et les certitudes de ces jeunes femmes qui cherchent leur place. On sort bouleversé. Une mention particulière pour Leila Anis, la générosité et la sensibilité de son jeu.

La Compagnie Artefact ancre son action au sein des communautés et des milieux scolaires. Comme le souhaite l’auteur Catherine Verlaguet, son but est de provoquer le dialogue et de « permettre, au travers la fiction, de s’identifier aux autres pour s’interroger soi-même. »

En bref : Un spectacle coup de poing qui dresse un portrait sans concession de l’adolescence des jeunes femmes en recherche d’émancipation, entre volonté de vivre les émois de la jeunesse et celle de respecter les traditions enseignées par les parents. Comment devenir femme dans un univers contrôlé par les hommes. Poignant.

Christine Eouzan

Photo Francesca Torracchi

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