ANDREA BESCOND, « LES CHATOUILLES » : LA RÉSILIENCE PAR LA DANSE

andrea bescond

LEBRUITDUOFF.COM – 23 juillet 2015

« Les Chatouilles » – Andrea Bescond – mes Eric Metayer – Théâtre Actuel – Tous les jours du 3 au 26 juillet 2015 – 17h – Durée : 1h25.

Le 15 septembre 2014 restera longtemps dans ma mémoire. Mais si pour moi et pour tout le public du Théâtre Antoine l’émotion fut intense ce soir-là, que dire de celle qu’a du ressentir Andréa BESCOND. Ce soir tous se sont levés spontanément pour ovationner la comédienne-danseuse ou danseuse-comédienne, sa performance et son histoire. L’histoire d’une souffrance indicible, d’un vie qui aurait pu être gâchée et que la danse a sauvée, l’histoire d’une résilience.

Odette à 8 ans. Comme toutes les enfants elle aime rire, dessiner, jouer à la poupée. Elle fait confiance aux adultes de son entourage. Alors pourquoi se méfier de Gilbert, cet homme qu’elle connait bien puisque c’est un ami de confiance de ses parents, pourquoi refuser de jouer à faire des chatouilles ? Parce que cela doit rester un secret entre eux deux, Odette va subir les pulsions du pédophile et les taire à tous. Comment pourraient-il comprendre ce qu’ils ne veulent pas entendre ?

Elle a la trentaine quand nous la retrouvons chez le psy qu’elle a accepté de voir en compagnie de sa mère. Une séance pendant laquelle Odette nous raconte ses souvenirs d’enfant abusée, niée dans son être le plus intime, d’adolescente à la dérive, de jeune adulte qui va reconstruire sa vie.

Dans son malheur Odette a un espoir, un atout : la danse.

Élève douée et repérée par son professeur dès l’enfance elle deviendra danseuse, rentrera au conservatoire, fera le tour du monde dans l’univers des comédies musicales. Un talent écrit dans son prénom : Odette, comme le cygne blanc du Lac des Cygnes !

Dans ce spectacle mis en scène par Eric Metayer, qui mêle danse et comédie Andréa BESCOND fait revivre seule en scène tous les personnages qui ont marqué la vie d’Odette. Tous sont caricaturés et l’humour n’en fait que plus ressortir tout le tragique de cette histoire.

On rit devant cette galerie de personnage : de ce professeur de danse qui peine à se faire entendre de ses élèves turbulents, de la maladresse de ce policier qui va enfin avoir la possibilité de coincer un salaud et ne réalise pas qu’il est en train de nier la douleur de la victime, de ce père absent même quand il est présent, de ce chorégraphe contemporain, de cet ami paumé et de sa casquette de rappeur, de cette mère qui nie l’histoire de sa fille pour ne pas reconnaître sa propre responsabilité. Nombreux sont les mécanismes du rire, et ici il éclate parce que quelque chose se brise en nous.

Sans jamais plonger dans le piège du pathos ni de la caricature exagérée Andréa Bescond témoigne avec pudeur et extrême sensibilité d’une histoire dont on ne peut croire qu’elle ne soit pas en partie autobiographique. Elle nous livre le long chemin parcouru par Odette, de la chambre d’enfant qui abritait ces « chatouilles » à la salle d’audience où se tint le procès qu’elle à la courage d’intenter à son bourreau, contre l’incrédulité et les doutes de son entourage. Ce procès ou éclate sa danse de la colère, corps brisé, désarticulé, qui exprime ce que les mots sont incapables de décrire, ce que le rire et l’humour n’arrivent plus à évacuer.

Le spectacle a été créé à Avignon, au Théâtre du Chêne Noir, dans le Off 2014. Malgré le bon bouche à oreille je ne l’avais pas retenu, par peur du sujet. Si le succès a été au rendez-vous dès l’été, c’est parce que Jean-Marc Dumontet et Laurent Ruquier ont eut un coup de cœur pour « Les chatouilles », et qu’a pu avoir lieu cette soirée exceptionnelle à laquelle j’ai la chance d’avoir pu assister. Il y avait ce soir-là quelque chose de spécial, d’unique, une bienveillance unanime et spontanée. Une émotion si forte, si authentique qu’il m’est encore difficile de trouver les mots pour l’exprimer.

Alors il ne me reste plus qu’à souhaiter une seule chose : que « Les Chatouilles » trouvent rapidement une salle pour accueillir Andréa Bescond et permettre à son talent, à ses mots et à sa danse d’être entendus par le plus grand nombre. (C’est fait : elle a une tournée plus une série de 4 mois à Paris… NDLR).

Parce que l’actualité ne cesse de relater des situations d’enfants en souffrance, victimes de violences sexuelles, de maltraitances physiques ou psychologiques, et qu’il reste un long chemin à parcourir avant une vraie prise de conscience, parce qu’il ne faut jamais renoncer et que la résilience est possible, le spectacle « Les Chatouilles ou la danse de la colère » fonctionne en partenariat avec LA VOIX DE L’ENFANT.

En bref : Un moment d’une intensité rare. Une performance époustouflante. Une émotion authentique. Bouleversant.

Christine Eouzan

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