INTERVIEW : CAROLINE FAY, COLLECTIF MAINS D’OEUVRES

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LEBRUITDUOFF.COM – 25 juillet 2015

Interview de Caroline Fay, metteure en scène de « King Lear Fragments » et « Macbeth Expérience », création 2015. « King Lear Fragments » était l’un des coups de cœur du Bruit Du Off 2013, cette année le collectif Mains d’œuvre présente également « Macbeth Expérience » dans le cadre des « Rendez-vous de l’Entrepôt ».www.mainsdoeuvre.com.

BDO : Pourquoi après King Lear, un autre Shakespeare ?

Caroline Fay : Parce qu’on avait envie de continuer de s’immerger dans Shakespeare, qui a été une rencontre très enrichissante avec « King Lear Fragments » adapté par un des comédiens, Frédéric Fialon. Après cette première approche nous avons eu envie de nous confronter à la part plus sombre de l’oeuvre de Shakespeare. C’est un puits sans fond qui nous pousse à réfléchir et à inventer. Et puis Macbeth est une tragédie qui trouve une résonnance particulière aujourd’hui, on assiste à des évènements d’une violence extrème, la barbarie est loin d’avoir disparue. Macbeth nous pose la question du passage à l’acte, du basculement. Tout être porte en lui la possibilité du tyran sanguinaire…

-Vous oscillez entre une forme ancienne de théâtre et des techniques plus modernes, est-ce un choix de ne pas vouloir se couper du passé ?

On essaie de rester fidèle à l’esprit du théâtre élisabethain qui offre cependant une grande liberté. C’est un point de départ, un socle sur lesquel on s’appuie pour ensuite jouer avec les codes installés, les faire exploser par des procédés plus contemporains et toujours en utilisant le théâtre dans le théâtre. Sur les deux spectacles, on a cette idée d’interaction avec le public. Le quatrième mur s’effrite, on prend le public à partie, on intègre les acteurs dans le public, il y a un aller-retour permanent entre la scène et le public. Ce qui nous amuse beaucoup, c’est de surprendre le public par des glissements qu’on pourrait croire improvisés ou imprévus. Cela rend la représentation vivante. Ce que l’on cherche à créer à travers cela c’est une émotion et un partage sur le champ avec le public. On ne vient pas au théâtre comme on va au cinéma, le spectateur de théâtre est aussi actif, pas seulement consommateur. Les jeunes qui assistent à nos spectacles sont souvent très touchés et déroutés.

-Vous jouez « Macbeth Expérience » seulement à trois, n’est-ce pas un peu juste compte tenu du nombre de personnages dans la pièce ?

C’est toujours une gageure de jouer une pièce de Shakespeare avec un nombre réduit de comédiens. Mais c’est passionnant de chercher à faire passer l’essentiel, à trouver un éclairage de l’oeuvre avec le minimum. Et puis la jonglerie est un outil premier du théâtre : comment faire exister une histoire avec rien, ou plutôt avec tout un comédien, c’est passionnant. Jouer plusieurs personnages, l’incarnation, le changement de registre, c’est un exercice un peu performatif qui nous plait beaucoup. C’est tout un travail autour de la gestuelle, de la voix et du ressenti pour donner sa vérité et sa sincérité au personnage et aussi un gros travail d’adaptation en amont pour que l’oeuvre ainsi modelée soit claire et accessible.

-Vous jouez extra-muros, est-ce un frein au développement de votre spectacle ou voyez-vous cela comme la possibilité d’implantation de la culture dans un lieu de non culture ?

Le collectif Mains d’Oeuvre a été accueilli pour « Les rendez-vous de l’Entrepôt », où nous avons présenté « Macbeth Expérience » pour 5 représentations. Ces soirées sont organisées en partenariat avec la région PACA pour mettre en lumière certaines compagnies régionales. Parallèlement nous avons décidé de prendre un créneau pour rejouer « King Lear Fragments ».
L’Entrepôt bénéficie d’une certaine reconnaissance à Avignon, puisque la compagnie Mise en Scène est permanente et en lien avec les quartiers alentours de Montclar. Il y a une atmosphère particulière et très chaleureuse, des pièces très créatives sont proposées ici. Je pense qu’il est bien que la culture se développe aussi extra-muros à Avignon, parce qu’il y a des quartiers tout autour avec une population qui ne va pas voir les spectacles derrière les remparts. Les « rendez-vous de l’Entrepôt » proposent de tous petits tarifs à 5€ pour permettre au plus grand nombre de venir, ce n’est peut-être pas encore assez connu, ce serait bien que ça continue de se développer dans ce sens là.

-Voyez-vous un public différent à l’Entrepôt ?

Je n’ai pas pour l’instant remarqué que le public soit différent ici. Sauf sur « les rendez-vous de l’Entrepôt », où quelques groupes sont venus en lien avec la compagnie Mise en Scène .

-Est-ce un choix économique de jouer à l’Entrepôt ?

La question économique se pose toujours pour une compagnie lorsqu’on décide de venir jouer au festival d’Avignon. « Les rendez-vous de l’Entrepôt » nous ont été conseillés par la Région PACA, c’est intéressant économiquement pour nous car nous sommes invités. Par contre pour le créneau de « King Lear Fragments », ce sont les mêmes conditions de location que d’autres théâtres. La salle est relativement grande, mais ça reste des conditions lourdes pour une compagnie, c’est un gros budget, il faut payer les artistes, le logement… Néanmoins c’est le seul moyen de rencontrer les professionnels de partout. C’est le seul lieu où l’on peut montrer notre travail aux professionnels, et rencontrer le public, avec les festivals de rue que l’on pratique régulièrement. Venant de Nice, la diffusion de nos spectacles partout en France est étroitement liée à une participation régulière au festival.

Propos recueillis par Béatrice Stopin

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