AVIGNON 2015, ENTRE PLAISIR ET FRUSTRATION : IMPRESSIONS D’UN CHRONIQUEUR ORDINAIRE…

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LEBRUITDUOFF.COM – 27 juillet 2015

Entre plaisir de ce qui a été vu… et frustration de ce qui manquait…

Il serait illusoire de juger l’ensemble d’un festival à la seule trentaine (un peu plus) de spectacles personnellement vus (IN et OFF confondus)… et qui ont été soigneusement sélectionnés auparavant. En effet le critique n’est pas maso, les risques qu’il prend sont à mesurer à l’aune des découvertes potentielles attendues… Si bien que, avec certes des nuances sur la palette de la satisfaction (entre les cinq ou six excellents, les très bons et les intéressants), le bilan, si l’on s’en tient au choix préliminaire, est positif, seule une minorité de spectacles, et pas des moindres, (les citera-t-on ? On renvoie aux articles précédents…) suscitant de profondes objections.

Alors on pourrait se dire satisfait… Certes. Seulement, sans bouder aucunement l’enthousiasme suscité par des spectacles du OFF et du IN d’excellente facture, il est important de tempérer cette impression.

Commençons par le OFF. Des vingt spectacles vus ressort la qualité de textes d’auteurs à la langue unique (Agota Kristof, Virginia Wolf, Raymond Guérin, Daniel Keene, Annie Ernaux, Federico Garcia Lorca, Georges Perec, Wajdi Mouawad, Marivaux, Odon von Horvath, David Harrower ou encore Patrick Kermann) servie par une mise en jeu créative sans laquelle ces langues, si belles soient-elles, deviendraient inexorablement « lettres mortes ». En effet combien de – très – mauvaises salles font leurs recettes en attirant le chaland sur la seule renommée de titres et auteurs qu’ils massacrent scandaleusement ensuite sans le moindre scrupule !

A souligner aussi dans le registre des bonheurs ressentis dans le OFF, certains auteurs (Anthony Poupard) qui nous donnent à voir non seulement le théâtre en train de se faire mais proposent une réflexion généreuse sur ce que culture décentralisée veut dire. A l’inverse, on n’a pas adhéré du tout à certaines têtes d’affiche (Philippe Caubère et Pierre Santini pour ne pas les nommer… ah ! ah !) qui surfent sur leur fonds de commerce et leur public captif pour resservir les mêmes sempiternelles recettes.

Maintenant le IN. Sur la quinzaine de propositions vues, quelques-unes ont été ressenties comme des moments exceptionnels (Krystian Lupa, Tiago Rodrigues, Thomas Ostermeier et… Stereoptik), d’autres très intéressantes à plusieurs niveaux (Sergio Boris, Mariano Pensotti et Claudio Tolcachir : trois Argentins « surprenants » – Winter Family – Ahmed El Attar – Fabrice Lambert – sans oublier, mais c’est très personnel, Isabelle Huppert « sadisant » le mistral), une autre intéressante (Fatou Cissé) et enfin trois décevantes (Olivier Py et son Lear surjoué, Hoffesh Shechter et son Barbarians assourdissant pour pas grand-chose, et enfin, Philippe Berling et son Meursaults, non pour le texte mais pour l’indigence cruelle de sa mise en jeu).

Mais les frustrations les plus grandes sont incontestablement liées dans le OFF à une absence totale de programmation (« cataloguer n’est pas programmer ») et, dans le IN, au regret d’une programmation qui ne prend pas le risque d’explorer des formes beaucoup plus contemporaines comme pouvaient le faire Vincent Baudriller et Hortense Archambault.

Voilà ce que j’ai pu retenir de ce 69ème IN et de de ce 50ème OFF, impressions sans nul doute très subjectives (mais quelle valeur aurait une critique non investie ?) et ce avec tout l’intérêt porté à cet art passionnant et vivifiant qu’est le théâtre.

Yves Kafka

Visuel : The Winter Family au 69e Festival d’Avignon / photo DR – Festival d’Avignon

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Comments
3 Responses to “AVIGNON 2015, ENTRE PLAISIR ET FRUSTRATION : IMPRESSIONS D’UN CHRONIQUEUR ORDINAIRE…”
  1. annick et emmanuel dit :

    Nous notons nos spectacles vus dans le Off. 0 = Nul; 5 = Excellent
    Sur 33 spectacles vus en 9 jours, la moyenne est à 3,9696. Aller, nous dirons 4.

    Nos coups de coeur sont, ceux qui sortent du lot car au dessus du très bon, une dimension supplémentaire, inexplicable:
    – Et Après (Manufacture)
    – Amédée (Entrepot)
    – En attendant Godot (Halles)
    – La peau dure (Carmes)
    – Dakh Daughters (Chênes noir)

    Involontairement, 5 salles différentes.

    C’était pour nous un très bon Off, mais comme chaque année, nous avons aussi été déçu, par un fort potentiel mal exploité, c’est ce qui est le plus dommageable.

    Nous avons également été surpris du peu d’affichage, parades et « bordel » ambiant par rapport au passé. On lisse …

    Et merci à vous pour les tuyaux
    Vivement l’année prochaine

    • Merci à vous deux pour votre fidélité et vos commentaires pertinents. Le Godot aux halles, on a bien aimé mais pas assez pr qu’il figure ds notre « 25 ». Quant au « Amédée », désolée, ns l’avons peut-être raté. Et vs avez tt à fait raison sur les parades. Curieusement cette année, elles furent plutôt discrètes… Voire inexistantes.

      • annick et emmanuel dit :

        Pour le Godot comme pour tout autre spectacle, on ne ressent pas tous les mêmes choses.
        Nous n’avons pas aimé le Poisson combattant car un peu plus de d’épure dans la mise en scène/jeu aurait rehaussé la colère et pourtant il fait parti de votre top liste.
        Pour Amédée, nous pensons que vous auriez beaucoup aimé, mais comme nous disait un metteur en scène rencontré en voisin de table « on ne rate jamais rien, sinon on rate beaucoup trop de choses, comme l’éruption volcanique ici, le chant du Toucan là, l’aurore boréale là bas, le happening de l’autre côté de la ville, les parfums épicés au claire de lune cette soirée sèche là, … »).
        Bon été
        Annick et Emmanuel