« A U », CHRISTIAN UBL AUX HIVERNALES

Christian Ubl Kylie Walters
LEBRUITDUOFF – 17 juillet 2016

A U de Christian Ubl aux hivernales – Chorégraphie et interprétation Christian Ubl et Kylie Walters

Dans le fond de la scène, trois drapeaux enroulés sur des pieds de micros forment des têtes d’émeus émus. Sur le devant, un musicien en cow-boy de barbecue crée une ambiance sonore des plus étranges. Les pièces d’Ubl, c’est un peu comme si Jörg Haider avait rencontré le Dr Frank-N-Furter dans la maison des Hingalls. Le tout donne une danse ridicule et angoissante, drôle et austère, froide et brulante. Ces spectacles sont fascinants en ceci qu’ils attirent et répugnent avec la même force. Tout est dans le contraste et le paradoxe. Si le fond est très travaillé et qu’il s’agit d’une danse avec propos, on peut aussi se réjouir que la forme existe, à la fois dans l’esthétique comme dans le mouvement ; ça danse sur le plateau, plutôt très bien et là aussi les choix sont radicaux : les muscles sont tendus, la danse est en force et la technique au rendez-vous.

« Now, that’s unusual » dit l’australienne à l’autrichien. A U, pour le code indicateur de l’Autriche comme de l’Australie, et toutes les mésententes qui peuvent en découler. Les danseurs parlent de ce qui fait leur identité, de ce qui fonde une nation ou pourrait la faire, la défaire. Aux mots s’associent des gestes. Les gestes deviennent chorégraphie. De ce procédé né toute une série de danses de convenances (traditionnelles, de salons, d’apparat…) plus farfelues et anxiogène les unes que les autres. La fascination ublienne réside dans cette capacité qu’a le chorégraphe à créer du désespoir grotesque. La danse inspecte les jeux de séductions sans jamais être séductive. On se caresse les poils mais on ne cherche finalement pas tant que ça à susciter l’adhésion du spectateur. Christian Ubl dessine avec éclat les travers du rapport homme-femme (il se repose littéralement sur elle, elle est là pour faire des courbettes autour de lui…) sans jamais effleurer les rivages de la morale ou la démagogie.

Malgré l’humour, malgré l’énergie et le tempo, malgré le propos, quelque chose dans le non enchaînement des scènes, dans la construction du spectacle casse le rythme et n’arrive pas au niveau de Shake it out, précédente pièce magistrale du chorégraphe. Mais que ce soit Shake it out ou A U, les interprètes sont au cordeau : à la fois complètement investis et en même temps très distanciés, toujours prêts à nous faire un clin d’œil. Seb Martel, en plus d’être un excellent accompagnateur musical, au service de la danse, est un comédien à la force comique indéniable. Rien que pour sa tête de grand flandrin dégingandé, le spectacle vaudrait le détour. Heureusement, le reste aussi. Allons tous dans la Petite maison de Christian Ubl.

Bruno Paternot

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