« REVOLT, SHE SAID… », ONDES DE CHOC AU PAYS DU MACHISME ET DU FEMINISME ORDINAIRES

REVOLTJP-master768

LEBRUITDUOFF – 21 juillet 2016

REVOLT. She said. Revolt again – La Manufacture- Patinoire du 6 au 24 juillet à 18h10

Première création en France de ce très curieux ovni totalement ébouriffant qui, à l’inverse de tout discours déconstructionniste, projette directement sur scène – sous forme de short-cuts iconoclastes – les rapports de dominant dominé. Que ce soit la sclérose des rapports séculaires hommes-femmes qui perdure aussi bien dans la sphère privée qu’au travail, ou encore celle induite par la servitude propagée par le nouvel ordre économique, tout est mis à nu (au propre comme au figuré) pour faire voir et entendre cette aliénation tentaculaire et la faire littéralement voler en éclats.

Rien ne résiste en effet à l’écriture analytique de la britannique Alice Birch qui, dans les pas de son aîné Martin Crimp, rend compte de la violence ordinaire en territoires connus ; violences qu’elle dissèque in-situ avec une précision d’entomologiste. Les tableaux présentés sont entrecoupés de mini-concerts en live pendant lesquels les acteurs effectuent à vue le changement de leur costume, certains se préparant à entrer à nouveau en jeu, d’autres, doubles du spectateur, prenant place sur des chaises faisant face au public et incluant ainsi ce dernier dans le jeu.

Mettant en scène une dramaturgie niant les formats attendus – après Auschwitz le théâtre comme la poésie, cf. Adorno, a montré son inaptitude à combattre la barbarie – la scénographie d’Arnaud Anckaert ne pouvait en effet que se situer dans le droit fil de celui revendiqué par l’auteure. C’est du théâtre à l’état brut qui est livré en pâture et de ce théâtre à l’écriture et au jeu non fixés définitivement, émerge un vent de révolution qui fait la nique à la pensée commune.

Sous une enseigne lumineuse qui barre en hauteur le fond de scène et où s’affichent en lettres rouges les injonctions de la Révolution (« Révolutionnez le langage, Révolutionnez le monde, Révolutionnez le travail, Révolutionnez le corps »), on assiste au travers d’une déconstruction en direct de propos machistes à la mise à nu du langage et au renversement dans son contraire du rapport de pouvoir entre hommes et femmes, ou encore à un décryptage en règle des motivations masculines à « épouser ». Suit le dynamitage du rapport au travail dont la nécessité est mise à mal par une femme autonome, le pétage de plomb d’un gérant d’une grande enseigne qui voit tout son discours bien rôdé sur l’accueil du consommateur réduit à néant par une jeune femme étendue à moitié nue au milieu de l’allée 7 avec une pastèque à la main et sa robe sur la tête.

Suivra le repas de « retrouvailles » réunissant trois générations de femmes, celle du milieu cherchant – en pure perte – des explications logiques au fait d’avoir été abandonnée par sa mère qui se désintéresse totalement de la situation, la plus petite se désespérant doublement de ses origines abandonniques. S’inviteront à la représentation la mise en acte des combats phares du féminisme (le corps soumis aux diktats de la minceur, le corps pornographique, le corps marchandise, le corps lieu de la reproduction de l’espèce, etc.) avant de conclure provisoirement sur le fiasco du renversement de l’ordre établi ; la Révolution en marche… l’ayant jusqu’à ce jour loupée, la marche. A suivre…

Théâtre action que n’aurait pas renié le situationniste Guy Debord pour qui l’exigence de changer le monde passait par le dépassement des formes artistiques existantes, l’abolition du spectacle en tant qu’objet pérennisant les rapports de classe, l’abolition du travail en tant qu’instrument aliénant contre-nature puisque séparé de la vie. Mine de rien, sans jamais l’évoquer, la forme présentée, traversée par une énergie libertaire déstructurante à effets euphorisants, fait de l’équipe artistique de REVOLT.She said. Revolt again la digne héritière des mouvements libertaires.

Yves Kafka

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