« TOUS CONTRE TOUS », THEÂTRE GLOBAL

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LEBRUITDUOFF – 25 juillet 2016

Tous contre tous – Texte d’Arthur Adamov – Mise en scène Alain Timar – Théâtre des Halles jusqu’au 28 juillet à 11 h (relâche le 25).

Les fidèles du Festival et du Théâtre des Halles en particulier n’ont pas oublié le magnifique « Rhinocéros » d’Ionesco créé en 2010 avec une troupe d’acteurs coréens. Avec les mêmes ingrédients, Alain Timar nous propose cette année une pièce à forte connotation politique d’Arthur Adamov montée avec des étudiants de l’Université Nationale des Arts de Corée.

La pièce nous plonge dans l’univers totalitaire et étouffant d’un pays imaginaire qui pourrait être n’importe quel pays du monde.

La misère et le chômage règnent. Il est question de réfugiés, qu’on pourrait aussi appeler des migrants, boucs émissaires que la rue pourchasse, soutenue par la police. Mais les lois évoluent au gré des dirigeants et se fondent sur un pragmatisme pervers et cupide. Tantôt les réfugiés sont poursuivis et persécutés, tantôt ils sont protégés quand ils profitent à l’économie. Mais dans l’intérêt de qui ? Pour l’Etat « Morale et Economie vont de pair ». A quels principes et à quelles lois peut-on se référer ? Les personnages sont ballotés. Les liens amoureux aussi se font et se défont au gré des intérêts de chacun.

Les thèmes abordés par Adamov sont d’une brûlante actualité. On ne peut que penser au drame actuel des migrants, à une morale mise à mal par le pragmatisme économique et bureaucratique des états, à l’égoïsme des peuples et à la montée des nationalismes.

La mise en scène d’Alain Timar est sobre et d’une précision remarquable. Un chœur, ne manquant d’évoquer le théâtre antique, présente les différentes scènes, leur contexte et leurs personnages. Il représente soit le peuple dans des mouvements de foule incontrôlés, soit les réfugiés, soit la force publique dans un ordre tout militaire. Les percussions de l’extraordinaire musicien coréen Young Suk sont omniprésentes et rythment les mouvements du chœur et des acteurs dans une sorte de chorégraphie dynamique.

Les acteurs sont très jeunes et visiblement enthousiasmés par leur travail. Leur jeu est vif et d’une incroyable expressivité qui traduit successivement la peur, l’émotion, la violence, la rigueur glaçante du régime. Avec un surtitrage clair et bien rythmé, la langue coréenne ne constitue jamais un obstacle, elle apporte au contraire une musicalité en harmonie avec les magnifiques percussions de Young Suk.

On connaît le goût d’Alain Timar pour un théâtre de création engagé et humaniste et pour sa recherche constante de nouvelles formes théâtrales contemporaines. Il nous propose ici un théâtre global et considère qu’il dirige l’ensemble un peu comme une symphonie. La musique, la scénographie, le chœur, le jeu des acteurs, les lumières… tout est complémentaire et concourt à un ensemble parfaitement cohérent et expressif.

Cette création de qualité, portée par l’enthousiasme de ces jeunes acteurs coréens, se voit avec beaucoup de plaisir dans un esprit de découverte.

JLB

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