« STAVANGER » : RÉCONCILIER L’INCONCILIABLE

stavanger

LEBRUITDUOFF – 27 juillet 2016

STAVANGER – L’Arrache-Coeur – Du 7 au 30 juillet 2016 – 16h50 – Durée : 1h15

JUSQU’AU BOUT DE LA NUIT
Florence Bernstein est avocate. Cette nuit-là elle a réussi à convaincre Simon de ne pas rester allongé sur les rails. Il est désemparé alors qu’il la suit chez elle. Dans cet appartement très chic, tout de noir et d’argent, où elle lui offre du champagne et du caviar il est comme perdu. Elle est élégante, calme, sereine. Il a froid, il ne cesse de le répéter. Il est replié sur lui-même, nerveux, instable. Elle semble savoir quelque chose qu’il ignore. Le temps semble suspendu. Ils ont quelques heures pour échanger sur leur vie, leur passé, et pourquoi pas sur leur avenir. Jusqu’à ce qu’ils se trouvent un point commun : la ville portuaire de Stavanger en Norvège. Une coïncidence ?

STAVANGER est une pièce d’ambiance. Le décor, la lumière, la musique, les sons : tout concours à instaurer une atmosphère froide, feutrée, troublante, un peu fantasmagorique. Un projecteur dans un angle diffuse sa lumière vive sur une diagonale formée par une froide table de bar et un fauteuil accueillant. Florence, tout de noir vêtue, est tantôt bienveillante, tantôt inquisitrice. Elle se dérobe dès que les questions de Simon la dérangent. Un regard, un mouvement des sourcils, un plissement des lèvres : le jeu de Silvia ROUX est d’une sensibilité, d’une justesse et d’une précision extraordinaires, faisant passer des messages et des émotions par des petits riens que la précision de la lumière permet de révéler.

UNE DIRECTION D’ACTEUR REMARQUABLE
Face au mélange de chaud et froid de Florence Simon est perdu, désarçonné, tendu, vulnérable. Les questions de l’avocate, rouée à l’art de faire parler, le ramènent à son passé, à la mort de sa mère. Petit à petit Florence le pousse à revivre son enfance, à exprimer ses frustrations, ses colères, à revenir aux racines des ruptures familiales successives. Elle qui a eu un parcours en apparence plus paisible, saura-t-elle l’amener sur la voie de la réconciliation ? Tout aussi juste que sa partenaire Thomas LEMPIRE incarne un Simon fragile, constamment en équilibre, à la limite de la folie.

La mise en scène de Quentin DEFALT rend parfaitement l’esprit de ce que voulait l’auteur Olivier SOURISSE : mettre une voix sur des non-dits. « Avec Stavanger j’ai voulu trouver la clé qui permet de modifier le cours d’une vie. A travers le prisme d’un secret de famille, on aborde l’enfance, ce qu’elle a été, ce qu’elle aurait dû être ». Le texte est limpide et fin. L’intrigue est construite avec intelligence, ménageant des rebondissements, jusqu’au final très émouvant.

Il faut saluer le travail d’Olivier OUDIOU pour la mise en lumière et de Ludovic CHAMPAGNE pour l’ambiance sonore qui donnent à STAVANGER une très belle qualité esthétique. La pièce sera repris au Studio Hébertot du 17 février au 29 avril 2017

Première pièce d’Olivier SOURISSE, STAVANGER se révèle être une très bonne surprise. L’écriture est fine, la direction d’acteur remarquable, l’interprétation subtile. Une réussite

Christine Eouzan

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