« LES FILLES AUX MAINS JAUNES », ODE AUX COURAGE DES FEMMES DANS LA TOURMENTE DE 14-18

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LEBRUITDUOFF – 28 juillet 2016

« les filles aux mains jaunes » – Théâtre le Girasole – Du 7 au 27 juillet 2016 – 20h45 – Durée : 1h20

LA LIBERTÉ, A QUEL PRIX !
Elles s’appellent Julie, Rose, Jeanne, Louise. Fiancée, épouse, mère, sœur elles sont fières de voir partir leurs hommes au combat en août 1914. Avec leurs beaux pantalons rouges il vont rejoindre Berlin en quelques semaines, mettre une déculottée à Guillaume et revenir avant qu’on ait le temps de s’apercevoir qu’ils sont partis. Mais pour Julie, Rose, Jeanne, Louise et les autres l’attente commence à se faire longue. Il faut trouver de quoi vivre, nourrir les enfants. Et tandis qu’elles se font ouvrières et prennent la place laissée vacante par les hommes sur les chaînes de production des usines d’armement, les robes noires fleurissent plus vite que les coquelicots.

Julie, Rose, Jeanne et Louise font connaissance dans un atelier de fabrication d’obus. Un travail répétitif, fait de gestes précis car dangereux. Toute la journée elles manipulent des matières explosives. La poudre jaune s’incruste dans la peau, dans les cheveux, dans les poumons. Un travail pénible, 12h par jour, payé à la pièce (deux fois moins que les hommes), avec de temps en temps un dimanche de repos. Dans les ateliers des femmes, partout, encadrées par des contremaîtres masculins rappelés du front pour superviser le travail des femmes. Un salaire de misère, et un verre de lait quotidien.

UN TEXTE ÉMOUVANT CRIANT DE VÉRITÉ
Le texte émouvant de Michel BELLIER fourmille de détails sur le quotidien de ces femmes qui n’avaient d’autre choix que le courage. Au travers des histoires de ces 4 femmes d’âge et de situation différentes ce sont toutes les émotions, toutes les difficultés, toutes les petites joies et les grandes peines qui sont mises en mots et en action.

La mise en scène sobre de Joëlle CATTINO permet de faire entendre ces paroles de femmes et la beauté du texte. Le talent de Valérie BAUCHAU (Rose), Céline DELBECQ (Louise), Anne SYLVAIN (Jeanne) et Blanche Van HYFTE (Julie) donne une interprétation toute en finesse et en sensibilité, transmettant au spectateur toutes les émotions de leurs personnages : la fougue de Louise l’étudiante suffragette qui aspire à devenir journaliste, les craintes de Rose, le Bibelot, pour son époux, les réticences de Jeanne qui rejoint l’usine car elle n’en peut plus de coudre des robes noires et qui tremble pour ses trois hommes répartis sur le front, la douleur de Julie lorsqu’elle apprend la mort de son mari. On tremble pour leur vie, leur santé tant les conditions de travail se font au mépris de toute réglementation. On peine à les voir faire leur dur labeur. On pleure avec elles leurs hommes sacrifiés. On respire avec elles cet air de liberté qui remplit un dimanche de printemps, ces espoirs de changement de la société quand la grève les mobilise alors que la révolte gagne aussi le front. On espère avec elles en des jours meilleurs.

UN PETIT BIJOU
Cette création délicate et criante de vérité est un petit bijou dans tous les domaines. Le texte et la direction d’acteur sont magnifiés par la qualité et l’esthétique de la mise en lumière et la scénographie de Jean-Luc MARTINEZ, la musique de Dominique LAFONTAINE et les costumes de Camille LEVAVASSEUR.

En cette période de commémoration du centenaire de la Première Guerre Mondiale, LES FILLES AUX MAINS JAUNES permet d’aborder la Grande guerre sous un angle rarement retenu : celui de la prise de conscience des femmes de leur rôle dans la société et le début de leur émancipation. Le chemin est long pour et il en reste encore à parcourir mais les premières marches ont été gravies pendant ces années de sacrifices. Quel paradoxe que ces femmes courageuse aient pu découvrir la voie de l’émancipation en fabriquant les objets de mort qui retenaient leurs hommes sur le champ de bataille. Dans ces ateliers d’une usine d’armement ces quatre portraits de femme remettent en lumière des valeurs que l’on a trop tendance à oublier, à commencer par la solidarité.

« Si les femmes s’arrêtaient de travailler vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre ! » Maréchal Joffre

LES FILLES AUX MAINS JAUNES est une petite pépite théâtrale. Le coup de coeur que j’attendais depuis le début de ce OFF 2016. Des comédiennes lumineuses, une mise en scène délicate, un texte brillant. L’émotion est intense. Un théâtre social d’une qualité rare.

Christine Eouzan

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