AVIGNON OFF 2016 : LE FESTIVAL D’UN CHRONIQUEUR ENTHOUSIASTE

het land nod

OFF 2016 : LE FESTIVAL D’UN CHRONIQUEUR ENTHOUSIASTE (Et oui ! ça existe !)

Qu’il était beau mon festival 2016…

Certes il y a ce catalogue (sic) du Off qui « pète » de partout tellement il est gros des 1400 « (non) programmations » qui s’y pressent au même rang avec la « promo maison » de tous ceux qui ont consenti à payer (cher, très cher) le droit de pouvoir participer à ce Off. Le résultat, c’est que, au lieu d’être une vitrine de la création – ce qui devrait être sa fonction si on s’en réfère à ses créateurs en 1967 – le Off a muté en monstre commercial où une truie n’y retrouverait pas ses petits cochons.

En effet, entre les deux « gros » théâtres de « divertissement » (Le Paris et le Palace, pour ne pas les citer) dont le premier a jouï pour son installation de subventions substantielles accordées généreusement par la mairie Roig  pour encourager un divertissement de soi (pour eux « divertir » c’est « dégager un temps de cerveau humain disponible » pour la consommation, Cf Le Lay, président de TF1 en 2004), d’autres théâtres moins gros mais qui parient sur la notoriété (ou pas) de célébrités en mal de cachets pour engranger une manne qui leur tombe du ciel, et de petites compagnies (ou pas) amateurs qui s’y ruinent et déposent le bilan dans la foulée, il a y là une « pollution » intempestive qui abuse le public et le détourne de ce qu’il pourrait découvrir de beaucoup plus stimulant.

Certes, il y a de ce fait dans le Off, moult spectacles médiocres voire carrément indigents pour ne pas dire ineptes… et j’en resterai là pour ne pas à mon tour tomber dans la grossièreté dont ils font, sans scrupule aucun, leur fonds de commerce.

Mais quel bonheurs aussi ces théâtres du Off qui ont une véritable programmation exigeante et passionnante au service d’un respect profond du public, de tous les publics, insistons sur ce point : quand on donne à manger des déjections, on en réclame ; quand on propose des spectacles qui touchent au plus profond de nous, qui bouleversent, qui questionnent, qui nous font rire vraiment (sans grosses ficelles tordues), on en redemande aussi, mais la différence c’est qu’on en ressort « enrichi » et beaucoup plus heureux.

Pour ma part, sur les vingt-sept spectacles du Off que j’avais sélectionnés auparavant (selon plusieurs critères : salle, compagnie, soutien de l’ADAMI ou de la DRAC, bouche à oreilles, goûts personnels, etc.) – et j’aurais bien aimé en voir d’autres, tout aussi dignes d’intérêt mais une journée de festivalier chroniqueur n’a que dix-huit heures – dix-sept (j’ai fait le compte…) m’ont apparu très bons autant dans la forme artistique proposée que de par leur contenu très différent les uns des autres – Cf. le Top 30 du Bruit du Off où plus des deux tiers s’y trouvent). Et parmi ces dix-sept, trois me semblent vraiment exceptionnels (Histoire vécue d’Artaud Mômo, Histoire intime d’Elephant Man et King Kong Théorie). Quant aux dix restant sur les dix-sept coups de cœur, même s’ils n’ont pas retenu toute mon adhésion, je reconnais sans conteste l’intérêt du travail réel qu’ils représentent même s’ils m’ont moins captivé.

Avec, pour les spectacles que j’ai vus – mais là encore, j’insiste, j’aurais aimé pouvoir aller dans d’autres salles que je sais très « performantes » en découvrir d’autres – une mention toute particulière pour le Chêne Noir avec Histoire vécue d’Artaud Mômo et La Religieuse, Les Halles (avec Le mois de Marie, Bovary et Une trop bruyante solitude), la Manufacture avec Histoire intime d’Elephant Man et Revolt. She said. Revolt again, Les Carmes avec Comment va le monde ? et le Théâtre Gilgamesh (« ouverture » réussie, très bon accueil et programmation de qualité) avec King Kong Théorie, Les Fureurs d’Ostrovsky, Tirésias et Médina Mérika ). Voilà pour la crème de la crème de mes coups de cœur du Off…

Pour le IN, je joindrai mon approbation au concert d’éloges : la programmation d’Oliver Py -et j’ai raté le prodigieux Prométhée enchaîné Eschyle, Pièces de Guerre – était vraiment cette année assez fabuleuse. Sur les quatorze que j’ai pu voir, un seul m’a profondément déçu (6AM how to disappear completely, foutage de gueule prétentieux) et j’en ai trouvé huit excellents (2666, Place des Héros, Les Damnés, Tristesses, La Rive dans le Noir, Interview, Le Pays de Nod) sans oublier l’époustouflante saga du festival de 1947 à… 2086 Le Ciel, la nuit et la Pierre Glorieuse, qui à lui seul symbolise la vie fabuleuse du Théâtre.

Tout ceci en parfaite subjectivité – aussi bien pour mes choix du IN que du OFF -, subjectivité assumée avec plaisir… Alors le vent qui soufflait dur sur Avignon cette année, malgré le contexte sombre dû à l’obscurantisme des dérives extrémistes de religieux fanatiques (leur faire la nique, c’est afficher haut et fort les valeurs d’un théâtre libre) et dans le contexte assombri – même si ce n’est pas la même échelle de gravité – par une politique de la maire socialiste (hélas, oui !) déplorable au niveau de la réduction des subventions à la (vraie) culture, malgré un OFF qui mériterait si ce n’est une programmation comme le IN, du moins une sélection sur des critères incontournables, ce vent était… décoiffant, euphorisant !

J’y ai trouvé personnellement tout ce que le Théâtre (au sens large) peut m’apporter : un supplément d’âme propre à me « divertir » de la morosité ambiante et à me donner la force et le goût d’aborder l’existence avec frénésie, un grand souffle de bonheur régénérant. Et cela grâce à de vrais programmateurs (aussi bien dans le IN que dans le OFF) qui savent ce que Théâtre veut dire. Merci encore à eux… et vive l’an prochain !

Yves Kafka

Image : Het Land Nod de FC Bergman au Festival d’Avignon 2016

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