INTERVIEW, AHMED MADANI, AUTEUR DE « F(L)AMMES », AU TdH

ITW d’Ahmed Madani – Auteur et metteur en scène de « F(l)ammes » joué au Théâtre des Halles

BDO : Comment s’est passée la création de ce spectacle ?

Ahmed Madani : Tout a démarré par un premier opus consacré aux garçons qui s’appelait « Illuminations », ce spectacle « F(l)ammes » est une suite féminine. Pour construire le projet il a fallu tout d’abord que je rencontre ces jeunes femmes. La rencontre a eu lieu durant deux ans sous forme de stages que je dirigeais dans diverses villes où j’invitais dix ou quinze jeunes filles par différents relais : missions locales, théâtres, associations, Facebook, etc. Et là, pendant une dizaine de jours, nous parlions et échangions, je leur faisais faire des petits bouts de scènes tout en leur précisant que je les invitais potentiellement à une aventure qui allait durer trois ans, puis dans chacun des groupes j’ai coopté deux ou trois personnes que j’ai invité à une rencontre finale qui a duré deux semaines et à l’issu de ces deux semaines dix sont restées sur le plateau.

BDO : On est dans une époque plutôt pessimiste et pourtant on voit des jeunes qui ont envie de tout casser au bon sens du terme, qui ont une terrible envie de vivre, comment expliquez-vous cette discordance ?

Ahmed Madani : Tout d’abord on croit des choses qui ne sont pas vraies et c’est bien ça le problème. Les jeunes gens d’aujourd’hui, d’où qu’ils soient, ont une réelle envie de vivre et ils ont envie qu’on leur fasse de la place, qu’on leur permette de s’exprimer, exprimer cette joie et cette énergie qu’ils ont en eux. Donc en fait ce n’est pas étonnant et le projet de cette aventure n’est pas un récit où le pathos va plomber les histoires de chacun mais au contraire c’est un récit qui permet de montrer qu’il y a une espérance énorme et que cette espérance est positive pour l’avenir de ce pays.

BDO : Ces jeunes donnent l’impression qu’elles ont envie de tout croquer sur leur passage, comme un appétit infini pour la vie ?

Ahmed Madani : Oui ! Elles sont vivantes, elles y croient, elles aiment ce qu’elles font et cet échange avec le public. Il y a donc comme une dynamique très positive dans ce spectacle parce que dans le fond la jeunesse, quoiqu’on en dise, est avant tout positive.

BDO : Un immense message d’espoir donc ?

Ahmed Madani : Oui, c’est bien là le fond de cette aventure qui est de montrer que demain existe et que ce demain est à la charge de ces jeunes qui sont là aujourd’hui, maintenant.

BDO : Mais pour vous, pourquoi ce besoin de travailler un théâtre qu’on peut appeler « citoyen » ?

Ahmed Madani : C’est que j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie d’artiste et j’avais ce besoin de me confronter à cette génération montante dans l’illusion peut-être de leur transmettre des choses. Mais in fine je m’aperçois que la transmission c’est surtout un échange de savoir entre cette génération et moi, et puis, il faut bien le dire, leur « savoir-être » sur un plateau, qui remet parfois en question les codes du théâtre, est absolument bouleversant pour moi.

BDO : Que vous ont appris ces jeunes comédiennes ?

Ahmed Madani : Elles m’ont appris une espèce de spontanéité, de joie de vivre et d’énergie débordante et puis elles ont beaucoup de savoir de la vie quotidienne, des savoirs experts de leur vie et de leur jeunesse. Evidemment j’ai été aussi jeune qu’elles mais il y a un décalage évident entre leur époque et la mienne et je ne voulais pas raconter une histoire de ma jeunesse à moi, je voulais avant tout raconter la jeunesse d’aujourd’hui que je mets en perspective avec celle de leurs parents ou ancêtres. Quand elles parlent de leurs mères elles parlent du coup à travers elles de ce rapport au temps et celui du passé qui se projette dans l’avenir. Je pense qu’on touche là au sens de la vie, on fait des enfants pour qu’ils portent nos espérances et qu’ils aillent plus loin que nous.

BDO : Que leur avez-vous apporté de votre côté ?

Ahmed Madani : Je leur ai apporté avant tout une meilleure compréhension d’elles-mêmes et aussi de découvrir que leur fragilité est une force. Elles l’ont compris très rapidement et ont maintenant une grande confiance en elles.

BDO : Comment s’est passé le travail d’écriture ?

Ahmed Madani : Tout d’abord le texte n’est absolument pas improvisé mais plutôt extrêmement écrit, j’avais en quelque sorte un matériau humain qui était brut devant moi. Je les ai donc beaucoup écoutées et puis, à un moment donné, je revenais vers l’une ou vers l’autre avec un texte qui lui correspondait sans être forcément intégralement son histoire. Il pouvait y avoir beaucoup de fiction, mais il y avait une écriture qui permettait a chacune d’elles de prendre énormément de distance et d’être dans un rapport d’incarnation d’un texte qui les dépasse mais les inclut en même temps, qui a une dimension à la fois singulière et universelle.

BDO : Que peut-on espérer pour le futur de ces jeunes comédiennes ?

Ahmed Madani : L’esperance majeure est qu’elles prennent en charge leur vie dans une grande autonomie et je crois que, pour la plupart d’entre elles, c’est en très bonne voie.

BDO : Quel votre futur en tant qu’auteur et metteur en scène ?

Ahmed Madani : Il y a le troisième volet de la trilogie qui se prépare d’ici deux ans puisqu’il y a eu les garçons et après les filles, il y aura donc bientôt les garçons et les filles. Là je prépare également une forme intermédiaire et plus courte qui s’appelle « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » qui est une forme sur la relation mère-fille avec un prince charmant qui est quelqu’un qui n’est pas aussi charmant qu’on pourrait le croire…

Propos recueillis par Pierre Salles

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