« 1336 (PAROLE DE FRALIBS) » : OUVRIER 2.0, L’EMANCIPATION

LEBRUITDUOFF.COM – 23 juillet 2017

AVIGNON OFF: « 1336 (Parole de Fralibs) » de Philippe Durand – 11 Gilgamesh Belleville – du 6 au 28 Juillet 2017 – 20h10 – Relâches les 11, 18 et 25 Juillet

Ouvrier 2.0, l’émancipation.

1336 jours de conflits entre le pot de fer et le pot de thé. Philippe Durand de la Comédie de Saint-Etienne va s’immerger dans la période qui suit le conflit que mènent les Fralibs, ouvriers de l’unité de production de thé proche de Marseille. Il réalise une série d’interviews, partage dans l’usine son temps avec les collaborateurs de la SCOP nouvellement créée et revient chargé d’un matériau brut, généreux et fort. Chacun raconte la lutte du petit groupe face au géant de la multinationale Unilever. On apprend les manoeuvres pour fermer et délocaliser un site à qui seul le coût du travail est reproché, sans jamais mettre dans l’équation la valeur du savoir faire et la haute qualité des produits finis. Le spectacle montre également l’intelligence, la créativité et la pugnacité de ces hommes et femmes à se battre face à ce monstre tentaculaire.

La pièce, car c’est bien du théâtre qui nous est présenté, même si elle parle de ce combat, de cette injustice, va au delà du simple rapport de lutte. Ce que Philippe Durand nous donne à ressentir est le langage ouvrier, emprunt d’un fort ancrage social et de traditions basées sur une vie simple et parfois difficile, mais honnête et franche. Cette langue, il va nous la transmettre, assis à sa table, imitant les interviewés. Il capte notre attention par une empathie que l’on ressent , communicative et généreuse, chaleureuse. La lutte est prégnante, les mots traduisent les actes violents. 4 ans de tensions quotidiennes, d’incertitudes professionnelles, de difficultés psychologiques. 1336 jours de combats, de 2010 à 2014, puis 3 ans de construction et de réalisation du projet Scop-Ti. Tout cela avec une verve, une énergie et un respect des propos des ouvriers. Philippe Durand ne tient pas conférence, il ne décortique pas, il ne juge pas, il transmet avec talent. Le spectateur, armé de l’histoire et de la langue gagne les clés pour mieux comprendre ces morceaux de sociétés.

Philippe Durand arrive à éviter le piège du ton pesant, et c’est plein de vitalité, de tendresse et parfois de d’humour que nous entendons ces hommes et femmes nous parler d’un moment émancipateur de leur vie. Parfois, on ne peut s’empêcher de penser à Nicolas Lambert qui joue « l’A-Démocratie » plus tôt dans le même théâtre, tous deux virtuoses de la parole vive. L’histoire fait écho aux années Lip, bien que l’aventure soit différente, la construction de ces sociétés auto-gérées sur les cendres d’une lutte sociale sont proches. le travail de Philippe Durand est complémentaire au récit graphique de Clément Baloup pour la revue XXI. Cette aventure ainsi contée nous interroge quant à la sauvegarde de ce patrimoine ouvrier, amoureux de son outil de travail. Elle met en évidence la capacité de tout un chacun à se réinventer et transcende les divergences politiques.

Nicolas Durand et le théâtre de la Comédie de Saint-Etienne touchent à l’universalité d’un théâtre de reportage populaire assumé, servant avec justesse et brio la franche générosité du monde ouvrier.

Annick et Emmanuel Bienassis

photo Stephane Burlot

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