« CARMEN FLAMENCO » : L’ANDALOUSIE RÊVEE DE BIZET A L’EPREUVE DE LA REALITE

LEBRUITDUOFF.COM – 23 juillet 2017.

« Carmen Flamenco » – D’après l’Opéra de Bizet et le livret de Mérimée – Luis de La Carrasca, Compagnie Flamenco vivo – mes J.L. Paliès. Jusqu’au 30 juillet 22h – Chêne Noir.

Luis de La Carrasca et sa troupe flamenca ont conçu cette année un nouvel opus transgenre, pari un peu fou, et à vrai dire, un peu risqué. Monter la « Carmen » de Bizet, « marronnier » de l’Opéra français en version flamenco émanait de la volonté du Cantaor de proposer au public un flamenco plus accessible à tous, y compris aux néophytes de cet art souvent méconnu, ou connu pour de (très) mauvaises raisons…

En effet, quel touriste lambda n’aura pas fréquenté à Séville ou à Grenade ces mauvais cabarets pour gogos, auto-intitulés « tablaos », qui proposent un « flamenco » pré-mâché à destination des tour-opérators infiniment plus facile à digérer que le Cante jondo de la tradition… Folklorisme et art du faux-semblant alimentent hélas encore l’imaginaire de bien des spectateurs potentiels de ces « attractions » sur-vendues.

Evidemment, l’écueil de ce « Carmen » revisité résidait dans ce double piège à éviter : celui d’un folklorisme aux accents évocateurs de l’Andalousie « éternelle », et celui de l’Opéra lui-même, oeuvre kitchissime du répertoire s’il en est. Notons à ce sujet que ni Prosper Mérimée ni Bizet n’ont jamais mis les pieds en Andalousie. Et que leur vision très romantique du pays et de ses traditions relève plus de l’approximation fantasmée que d’une quelconque culture du sujet.

Du coup, « Carmen » a toujours représenté pour les hispanophiles -et plus encore pour les aficionados du flamenco- le trompe-l’oeil absolu, la quintessence d’une soi-disant « hispanité », vue au travers du filtre déformant du romantisme dix-neuvième, où littérateurs, musiciens et peintres s’enthousiasmaient pour ces mondes qu’ils découvraient -et pour certains qu’ils ne verraient jamais « in situ ». D’où une production logorrhique de médiocres opus à la gloire du mirage andalou qui encombrent cette fin de XIXe siècle, tous plus folklorisants et factuellement faux les uns que les autres, et dont « Carmen » représente le cliché universel.

Il n’était donc pas facile de se dépatouiller de tout cela. Luis de La Carrasca s’y est employé et a réussi à inscrire dans ce « Carmen » par essence biaisé de fulgurants moments de flamenco, notamment avec ses deux excellents danseurs que sont Kuky Santiago et la déjà grande Ana Perez, somptueuse dans sa robe à pois revisitée telle un papillon noir piqué de blanc virevoltant sur le plateau dru du Chêne Noir.

Ces belles propositions -purement flamencas- s’insinuant parfaitement entre les vocalises du compositeur et la narration du livret de Mérimée contrastent fortement avec l’évanescente évocation de l’Andalousie des auteurs. Elles lui confèrent ce plus de sincérité et d’Art qui transcende l’ouvrage maniériste du musicien et de son librettiste. Et c’est peut être cela que recherchait Luis de La Carrasca, le contraste. Comme un aiguillon flamenco s’extirpant magnifique de la gangue écrasante du cliché bizetien. Bien vu.

Marc Roudier

Crédit photo Xavier Cantat

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