AUX CARMES : « LA VIOLENCE DES RICHES », SALAUDS DE PAUVRES !

LEBRUITDUOFF.COM – 25 juillet 2017

Théâtre des Carmes André Benedetto – « La violence des riches » de Stéphane Gornikowski, Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot – du 7 au 23 juillet à 10h.

« La Violence des Riches », salauds de pauvres !

S’il y a des riches dans la salle du théâtre des Carmes – et il y en a… qui se planquent chaque jour, si l’on en croit le dépouillement des questionnaires sociologiques distribués à chaque participant de ce forum à haute valeur de démocratie citoyenne – ils doivent se sentir un peu à l’étroit dans leurs Richelieus… En effet comment pouvoir résister au feu croisé de trois pétulants comédiens qui, portés par la verve ludique de Stéphane Gornikowski, l’auteur du texte, et la mise en jeu à l’unisson de Guillaume Baillart, délivrent pendant plus d’une heure une époustouflante conférence faussement improvisée en se démenant comme des beaux diables de l’esprit critique en ébullition ? Et lorsque l’humour – mèche directrice et non simple ornement décoratif – le dispute au sérieux des faits cités, le résultat est… Capital !

A partir essentiellement des travaux du livre éponyme des (ex) chercheurs au CNRS, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, se construit devant nous – et avec nous – un objet non identifié alliant des données très documentées, un jeu scénique hilarant et une participation stimulante du public-citoyen sans cesse interpellé, soit en adresse directe, soit par le biais des deux comédiens relais fondus dans la foule.

Ainsi, pour créer d’emblée une complicité entre la salle et le plateau, « deux spectateurs » assis confortement dans leur fauteuil se mettent à chuchoter puis à parler plus fort… C’est dur de résister… Grâce à mes petits boulots chez Mac Do et autres, j’ai pu m’acheter un Mac !…Vous allez souvent au théâtre ? Oui, comme les riches. Non, pour entretenir les réseaux. Oui, et puis le marché de l’art, c’est défiscalisé.

Après le questionnaire distribué à chacun sur le thème « Êtes-vous un grand bourgeois », suit un avertissement à l’adresse du public le mettant en garde sur la mouvance des deux sociologues à l’origine de cette conférence : « Des scientifiques donc… Mais d’après des sources fiables proches de la droite française, ce sont des fonctionnaires qui profitent au maximum de leur retraite. Le Figaro, ce grand journal, a même dit que les Pinçon-Charlot sont des populistes, des sous-marins du FN ». Suivront les défenses vertueuses de quelques notoires escrocs, comme cet ancien patron des patrons qui s’est certes enrichi illégalement, devant à ce titre quelques cinquante millions au fisc, mais qui au demeurant est tellement courtois, ou encore ce Ministre du budget qui a certes dissimulé des millions d’euros dans des paradis fiscaux, mais qui aime sans nul doute ses enfants… On rit beaucoup, tant le ton benoîtement caustique fait mouche, alors que le sujet est grave.

En effet, après les Trente Glorieuses est venu, non le Temps des Cerises mais celui des Trente Profiteuses pour des élites qui, ayant fait sécession avec la société, font leur blé de l’appauvrissement des agriculteurs et autres classes ayant à subir de plein fouet la crise générée par les profits exponentiels de la finance décomplexée. Or, deux chercheurs anglais ont montré que si on répartissait les richesses, tout le monde y gagnerait ! Rêvons que les riches se convertissent à cette idée… Un Bureau du Partage des Privilèges est aussitôt organisé sur le plateau.

Une repentie vient déballer le dossier de ses acquis. L’agent chargé du déminage, gants en mains (ça pourrait être dangereux…), va énoncer à voix haute le détail des 110 millions accumulés à se partager, soit l’équivalent de 5000 vies de smicars. Château classé dans le Bordelais, Armes de guerre, Capitaux aux Caraïbes, Cabinet d’avocats fiscalistes (ça peut servir), etc. etc. Le verdict est plein de compassion : Pour la réinsertion, ça va être long…
Sur un rythme qui ne faiblit jamais, chaque assertion économico-politique donne lieu aussitôt à un jeu d’acteurs qui, sous les traits de la bouffonnerie intelligemment mise en jeu, avec comme arme la dérision, corrode « gravement » les piliers de la pensée dominante.

Jubilatoire à ce titre, la saynète où le comédien ayant chaussé une paire de lunettes et les cheveux plaqués en arrière – sosie d’un certain François – confie d’un ton patelin que son adversaire, c’est le monde de la finance. Quant à Christine Lagarde interrogée sur l’avis qu’elle porte sur l’obligation désormais d’un quota de femmes dans les listes présentées, elle répond naturellement que pour le décorum c’est mieux, tout comme les syndicalistes d’ailleurs que l’on met dans les coins des conseils d’administration. Toujours sur le même ton de de l’ironie caustique, la Presse est assimilée à un consortium international de fouille-merde, heureusement que sur le front des médias, Vincent Bolloré veille au grain en étouffant les velléités de journalistes dissidents. Preuve s’il en était besoin que le capitalisme, c’est l’imagination au pouvoir, et les travailleurs en colère des criminels.
Enfin, changement de ton, les comédiens abandonnent le second degré sans pour autant rompre avec le côté ludique de cette conférence. Ainsi des panonceaux indiquent la présence de philosophes dans la salle, dont Jacques Rancière.

Des spectateurs sollicités au hasard sont chargés d’incarner la voix de ces penseurs marxistes en lisant les pensées écrites au dos des pancartes. D’une conversation téléphonique enregistrée avec les Pinçon-Charlot, la conclusion se détache. La raison néo-libérale devient la raison-monde. Face à cette guerre planétaire menée par les riches, regroupons-nous pour expérimenter ensemble les alternatives économiques.

La chute ne déroge pas à la tonalité délibérément drôle de cette « représentation » documentée d’un néo-libéralisme décomplexé en invitant à la mobilisation joyeuse des non riches… « Allo le peuple ?… On est prêt, on arrive ! ». Chiche !

Yves Kafka

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