AVIGNON OFF : LETTRE OUVERTE A LA PRESIDENCE D’AF&C

LEBRUITDUOFF.COM – 27 juillet 2017.

TRIBUNE : LETTRE OUVERTE A LA PRESIDENCE D’AF&C

Depuis de trop nombreuses années -et plus encore ces deux ou trois dernières- le BDO ne cesse de pointer les dysfonctionnements de ce OFF aux conséquences désastreuses pour les compagnies, et singulièrement la prolifération galopante des propositions :

1480 propositions pour le OFF 2017, ceci n’est plus supportable, ni pour les spectateurs, perdus dans cette surenchère, ni pour les compagnies, forcément invisibles à 75 %, ni même pour les Avignonnais eux-mêmes…

Au-delà de sa « pertinence » purement artistique, que l’on peut sérieusement mettre en doute, cette prolifération anarchique que seule l’association que vous présidez, certes depuis peu M. Beffeyte, peut sinon stopper au moins réguler a des conséquences importantes sur la lisibilité de ce festival. Mais plus grave encore, sur l’économie même des compagnies, dont en premier lieu un accès forcément réduit à la presse, qui ne peut décemment couvrir l’ensemble de ces 1480 propositions.

Qui dit accès réduit à la presse dit aussi quasi-invisibilité auprès des professionnels (diffuseurs et programmateurs) qui bien sûr s’en remettent en partie à celle-ci pour faire leur « marché »… Même si le « bouche-à-oreilles » a lui aussi son rôle à jouer, mais il est de plus en plus court-circuité par la baisse sensible de la durée de séjour moyenne d’un festivalier, celle-ci se portant plutôt à 3 ou 4 jours actuellement contre 7 à 10 voici quelques années… Et puis comment faire entendre efficacement le buzz d’un spectacle au milieu des 1480 disponibles ?

Ce problème de visiblité a une incidence néfaste sur les trésoreries des compagnies, et leur faculté ou non d’amortir l’investissement considérable qu’elles consentent pour « faire » leur OFF : 30 000 euros a-minima pour les plus petites d’entre elles…

Et puis au-delà de ces considérations terre à terre, pensez-vous vraiment M. Beffeyte, que la totalité de ces 1400 propositions se justifie, artistiquement parlant ? Votre prédécesseur M. Germain ne rêvait que d’une chose, « gonfler » artificiellement ce festival pour l’amener au Guinness-titre de « plus grand théâtre du monde ». Ce en quoi bien sûr il échoua, la concurrence évidente des 4000 propositions du Fringe d’Edinburg ridiculisant depuis fort longtemps Avignon sur ce terrain-là…

Il est grand temps de réguler ce OFF, avant qu’il ne s’auto-engloutisse dans son ivresse de la surenchère spectaculaire. En ces temps où la décroissance semble être un concept opérant, appliquons-le à ce festival, afin qu’il préserve un peu encore de sa légitimité… Et de sa dignité.

Martin Zell

Image : « Parole de FRALIBS », au Gilgamesh – Off 2017

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Comments
6 Responses to “AVIGNON OFF : LETTRE OUVERTE A LA PRESIDENCE D’AF&C”
  1. Louis Souffle dit :

    Votre tribune est intéressante, comme d’habitude. Parallèlement dans un journal qui semble sérieux nous pouvons lire l’article suivant http://www.lemonde.fr/festival-d-avignon/article/2017/07/27/a-avignon-les-compagnies-de-theatre-en-quete-de-financement_5165544_4406278.html
    Dans cet article j’apprends que les quatre jours de relâche imposés peuvent nous faire perdre 3000 à 4000 euros sur le mois du festival raconte commente Clémence Carayol, qui présente la pièce Combat.
    J’ouvre ma bible du Off et constate que cette pièce se joue au théâtre des barriques dans une salle de 49 places et qu’il y a 3 jours de relâche (mais Clémence ne semble pas le savoir).
    A la date de publication de l’article il y a eu 3 jours de relâche, donc prenons une perte de 3000 €, soit 1 000 € de recette par jour, et comme cette pièce est surement excellente et que la salle est pleine chaque soir, je divise par 49 places et je trouve 20,40 €.
    Déjà ça cloche car le prix des places est de 18 € plein tarif, 12 € abonné et 10 € enfants (mais bon il est indiqué à partir de 10 ans alors j’imagine que peu d’enfant iront voir cette pièce sauf si papa et maman veulent les punir).
    Autre calcul pour vérifier, du 7 au 30/07 ça fait 24 jours moins 3 relâche = 21 jours. A 1 000 € de recette par jour (selon Clémence) ça nous ferait 21 000 € de recette, mais il est plus probable qu’en réalité la recette soit plutôt comprise entre 10 000 € et 12 000 €, si la salle à un bon taux de remplissage sur la durée du festival. Malgré tout il y a peu de chance que l’investissement soit amorti.
    Comme quoi si on veut gagner de l’argent dans le off, il faut mieux programmer une valeur sûre comme « Ma cochonne mange du fumier » qui remplit chaque soir une salle de 100 places au le Gorette Théâtre (selon les messages posté sur facebook par l’un des comédien) et qui sera probablement nominé aux prochains Molière.
    Bon demain je vais voir « Fausse note » au CQF. Je vous raconterai car il parait que vous n’avez pas pu assister. Forcément ça se joue à guichet fermé, alors une bonne ou mauvaise critique, qu’est ce que ça change, d’autant plus qu’il faut régler les billets à la réservation!
    Sur ce, bonne fin de festival et à l’année prochaine, avec surement au moins 1 500 spectacles, car il me semble que place Saint Didier un commerce est en travaux pour se recycler en théâtre… Ma foi. Cette année je suis bien allé voir un spectacle dans un ancien sex-shop reconverti en théâtre. Quand Maupassant est plus lucratif qu’une petite pipe en passant…

  2. Je partage bien sûr l’inquiétude de Martin Zell ( sur le site LEBRUITDUOFF) dans sa « Lettre ouverte au Président d’AF&C » et je me suis moi-même souvent et longuement exprimé – en public ou au travers d’articles – sur la dérive (fatale à terme) du Off.
    Cela étant, on ne peut pas et on ne doit pas demander à l’Association AF&C de « réguler » cette foire annuelle, tout simplement parce que ce OFF n’est pas un festival et qu’il n’y a donc pas de présidence du festival off, ni de directeur du festival off, comme il y en a pour le IN.
    Olivier Py peut décider de ce qu’il prend ou pas, Pierre Beffeyte non.
    AF&C est une association (dont les cies et les lieux peuvent faire partie) qui propose et met en place – contre finances – un certain nombre d’outils pour les Cies, les Lieux, mais aussi les spectateurs, les diffuseurs, les journalistes afin que chacun soit informé au mieux des différentes « manifestations » qui se produisent dans les nombreuses salles privés d’Avignon.
    Mais il n’appartient pas à AF&C de faire un tri, ni quantitatif et encore moins qualitatif parmi la pléthore de « propositions » plus ou moins artistiques qui déboulent chaque année.
    AF&C n’en a absolument pas l’autorité ni la légitimité.
    En revanche, AF&C peut et doit se positionner clairement – en tant que prestataire d’informations et de services – quant à sa « politique artistique » ou disons simplement son éthique.
    Par exemple : j’ai toujours affirmé haut et fort que ce OFF se devait d’être un événement d’abord et avant tout professionnel, c’est-à-dire fait pour les compagnies, les artistes et techniciens professionnels qui prennent le risque de venir – à leurs (grands) frais (autre débat) – montrer leurs créations ou leurs propositions artistiques pour tenter de toucher le plus grand nombre de spectateurs – donc faire des recettes pour éponger les déficits – mais aussi pour tenter de rencontrer les diffuseurs, la presse etc. afin d’exister encore un peu dans le futur. Entre le plaisir et la nécessité, la frontière est mince.
    Et aujourd’hui plus qu’hier il s’agit en effet pour nous (pour la plupart d’entre nous en tout cas) de survivre.
    Les Cies ou les spectacles amateurs – c’est-à-dire non professionnels – qui louent (à grands frais aussi) des créneaux dans les mêmes lieux que nous, en voyant-là une occasion de montrer leur travail (au demeurant parfois excellent) n’ont pas du tout les mêmes enjeux que nous. La place qu’ils prennent (difficilement quantifiable) entretient une certaine confusion parmi les spectateurs et les professionnels de la diffusion.
    Ce off doit avant tout s’affirmer et se revendiquer en tant que manifestation artistique professionnelle et également en tant que « marché » professionnel. Car oui, je vais en Avignon pour jouer, pour montrer et pour vendre, parce que c’est mon métier et que j’entends bien en vivre.
    Autre exemple : le nombre de plus en plus exponentiel de spectacles de « variétés », de chansons, de musique, de showbiz, d’humoristes-magiciens-mentalistes et autres « vedettes » du petit ou grand écran qui viennent se faire plaisir en Avignon (elles en ont bien le droit après tout) et qui remplissent les salles et en vident d’autres.
    Les salles qui sont des lieux privés ont parfaitement le droit de programmer ce que bon leur semble, mais l’Association AF&C gagnerait – à mon avis – à affirmer clairement qu’elle est là avant tout et exclusivement pour soutenir et promouvoir le spectacle vivant professionnel, et pas le showbiz, ni le « parisianisme » qui n’a d’ailleurs pas besoin d’elle pour remplir les salles.
    Il y a bien d’autres sujets de débats, de critiques, voire de coups de gueule et tout n’est pas à mettre sur le dos d’AF&C, mais AF&C se devrait au moins d’être le porte parole et le garant de cette revendication.
    Bien sûr une telle exigence supposerait de renoncer à des rentrées d’argent substantielles, mais c’est peut-être à ce prix que ce « festival qui n’en est pas un » retrouverait un peu de son âme.
    To be continued…
    Thierry Lefever (Cie RAOUL&RITA)

    • Bien sûr AF&C ne dirige pas la « programmation » du OFF, qui d’ailleurs n’est pas un vrai festival en ce sens puisqu’il n’est pas programmé du tout. En revanche elle dispose d’outils puissants et imparables -comme le programme imprimé (à 120 00 ex), qui fait figure de « bible » du Off, ou encore la carte Off- pour décider qui ou pas il convient de référencer dans ces supports de communication. Ce serait déjà un premier pas afin de faire le tri entre les véritables propositions artistiques et la lie des productions des boîtes de prods parsiennes ou autres, qui viennent uniquement à Avignon pour faire la retape de leurs starlettes « Vues à la télé » et vendre leur soupe aux programmateurs de province…

  3. Geneviève dit :

    je suis totalement d’accord avec vous.

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