A LA SCIERIE, « MOLLY » : OUI ?

LEBRUITDUOFF.COM – 17 juillet 2018

AVIGNON OFF 2018 : Molly – James Joyce – Metteur en scène : Pascal Papini – Théâtre La Scierie – Du 6 au 26 juillet – Relâches 11, 17, 23 juillet.

Sur le devant de la scène une paire de chaussures, un pantalon avec des bretelles. Vraisemblablement ceux de la silhouette qu’on devine dans le lit, au fond. Couchée tête bêche, une femme commence à parler. C’est Molly Bloom, femme de Léopold Bloom qui dort, allongé, là, dans le lit.

Le monologue de Molly Bloom commence donc par : « Oui parce qu’avant jamais il a fait une chose pareille de demander qu’on lui serve son petit déjeuner au lit… » . Et se termine par « et oui j’ai dit oui je veux bien Oui ». OUI, maître mot par quoi commence le monologue de Molly Bloom, et Oui qui le termine.

Chloé Chevalier est Molly. De sa couche, à part le moment où elle va quitter son lit et ou les seuls éléments narratifs seront ici le déclenchement des règles de Molly et l’évocation des pets, va durant 1h20, sans aucune ponctuation, sur un ton soutenu, parfois allant crescendo délivrer un portrait de femme écrit par James Joyce: « il me semble que Pénélope (dans Ulysse), Molly, est une femme parfaitement saine, complète, amorale, amendable, fertilisable, déloyale, engageante, astucieuse, bornée, prudente, indifférente ».

Chloé Chevalier est Molly. Le texte lui colle à la peau comme un parchemin. Le corps tout entier est dans une espèce de tension, pas un geste de trop, un pas de trop, qui viendraient rompre l’exercice d’équilibre entre les mots et leur transposition dans l’espace corporel et scénique du monologue. Juste.

Joyce montre dans le monologue de Molly Bloom un incomparable savoir sur la femme, comme s’il devait travestir en dégradant quelque mystère pétrifiant ; le corps de la femme segmenté, découpé, anatomisé : les seins, les fesses, le sexe de la femme. Les pulsions se combinent aux mots, pour renaître dans un corps de langage et former un « idiolecte ». Ce monologue intérieur laisse entr’apercevoir les désirs sexuels, le besoin d’amour, avec l’érotisation du langage, et une méditation sur la jouissance.

Il est fréquemment entendu que « ces énoncés contradictoires » ne permettent pas de dire ce que Molly pense sur tel ou tel sujet. Alors, le Oui de la fin du monologue ? Faire qu’il me désire ?

André Michel Pouly

Freud a l’écoute de l’inconscient devient sourd et Joyce qui met à mort la littérature et révolutionne l’écriture devient aveugle*

Avec qui désire-t-on d’autant plus dialoguer qu’on est assuré de ce que la réponse ne se fera pas entendre ?….. Sa position est unique à l’égard de la parole ! Silence unique en ce qu’il comporte la parole puisqu’il se tait… « Au LiEU de répondre . »

Publicités

Attention, nos commentaires sont modérés : pas d'auto-promo ou de pub déguisée, ça ne passera pas. Pas plus bien sûr que les insultes. Merci.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • J’Y VAIS / JE FUIS

  • LE BRUIT DE LA BOUCHE

  • mots-clefs / tags

  • Chercher par artiste ou catégorie