« SPEED LEVING » : LOVE, DATE & SPEED

LEBRUITDUOFF.COM – 20 juillet 2018.

AVIGNON OFF 18 : « Speed LevinG » de Hanokh Levin – Compagnie le Menteur Volontaire avec les élèves comédien(ne)s de l’ERACM (France) et du NNAS (Tel-Aviv) – La Manufacture-Patinoire du 17 au 26 juillet (relâche le 19) à 19h50.

Pour ce off 2018, l’auteur israélien Hanokh Levin est représenté dans un seul spectacle puisé dans son théâtre prolifique, provocateur, qui aura tant suscité la polémique dans son pays et qui s’ancre avec force et singularité dans la réalité du monde contemporain. Le metteur en scène Laurent Brethome propose avec « Speed LevinG  » un montage joué et chanté d’extraits de quatre petites pièces du dramaturge.

Le metteur en scène choisit donc de monter une série de courts dialogues que les dix jeunes comédien(ne)s viennent presque toujours jouer au centre de la scène qui reconstitue un salon impersonnel avec fauteuil et table mais qui dans le fond ressemble à un « ring » sans corde tellement ces « conversations » sont des affrontements. Le choix des saynètes suit un fil rouge reflétant ce que retient le metteur en scène de l’œuvre de Levin. On comprend bien qu’il en extrait l’incommunicabilité entre les êtres, l’inefficacité de la parole, l’ultra-individualisme aggravé par la technologie et le culte du speed, véritable fléau de nos sociétés modernes et occidentales.

Cependant pour ce faire il choisit avant tout d’aborder ces thèmes sous l’angle des désordres sexuels souvent reliés à une scatologie très (ou trop) présente ; le point d’orgue en est la scène du récit de la soirée au théâtre « pipi, caca », mots répétés en litanie, chantés en boucle par toutes la troupe pendant cinq bonnes minutes ; on pourrait en saisir la vocation comique et potache apte à aller chercher les rires régressifs et jaunes du public, mais on peut craindre que ce leitmotiv soit réducteur et déformant quand on connaît la richesse et la profondeur de l’oeuvre de Levin qui allait chercher la provocation dans des sujets autrement plus tragiques et frontalement politiques comme le meurtre gratuit, la profanation ou le viol.

Mais à part ce choix sans doute discutable, le spectacle offert est fougueux, vivifiant, ultra-rythmé, bénéficiant d’une scénographie convaincante, parfaitement adaptée au propos. On le doit évidemment aux dix apprenti(e)s comédien(ne)s à parité de sexe et de nationalité (française et israélienne) ; ultra-investis, très bien dirigés ils ne reculent devant aucune impudeur : ils simulent ainsi sans retenu vomissements, coït, défécations, flatulences, ivresse; puis ils se mettent à poil, se giflent, se hurlent dessus, se déchainent en dansant, se fond des bras d’honneur, s’affrontent sans la moindre hésitation. Mais cela ne les empêche pas d’être également drôles, émouvants, et subtils. Il arrivent aussi presqu’à chaque fois à jouer avec justesse des personnages qui n’ont pas forcément leur jeune âge (on y parle beaucoup d’ex-mari, d’ex-femme signifiant une certaine expérience de vie).

L’autre défi réussi est l’alternance du français et de l’hébreu, rendant les scènes à la fois cocasses et étranges, l’écran des surtitres au dessus des têtes servant de guide autant au public qu’au comédiens eux-mêmes qui feignent de lire les traductions pour comprendre ce que vient de dire l’autre.

La cohérence du groupe est donc belle à voir procurant une force remarquable au jeu collectif d’autant plus que chacun reste en permanence à vue sur scène même quand il n’a rien à jouer. Toute la troupe est formidable même si certain(e)s arrivent à se distinguer du lot par un jeu plus affirmé et maîtrisé. Ils chantent aussi se passant le micro pour interpréter des chansons électro-pop (remarquable bande-son) sur les textes signés de Levin. Là encore des voix se détachent du groupe, notamment une jeune israélienne au chant magnifique et bouleversant qui interprète dans un tempo mélancolique, des paroles barrées où domine le thème du « au final chacun entube son prochain ». Le final voit la bande chanter en chœur évoquant une comédie musicale des années 80 du genre starmania.

A n’en pas douter « Speed LevinG » est un beau projet d’école pour dix apprentis comédiens talentueux et prometteurs et une belle découverte de ce Off . Souhaitons que sa réalisation réussie donne envie de découvrir d’avantage la riche théâtre de Levin.

Jérôme Gracchus

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