« ICH BIN CHARLOTTE », FEMME, ENVERS ET CONTRE TOUS

LEBRUITDUOFF.COM – 21 juillet 2018.

AVIGNON OFF 2018. « Ich bin Charlotte » – Pièce de Doug Wright – Mise en scène : Steve Suissa – – Au Chêne Noir du 06 au 29 Juillet à 20h45 – Relâche les lundis

C’est dans les années 2000 que se joue à Broadway « I Am My Own Wife » de Doug Wright d’après les témoignages recueillis auprès d’une figure LGBT berlinoise répondant au nom de Charlotte von Mahlsdorf. Charlotte c’est lui, travesti allemand né à Berlin en 1928 dans le corps de Lothar Berfelde, un petit garçon qui comprend très vite que la nature fait quelquefois de grossières erreurs et qui se voit avant tout femme enfermée dans ce corps d’homme.

Le comédien Thierry Lopez endosse ici le personnage de Charlotte de son enfance à son départ de Berlin pour la Suède mais aussi d’une multitude de personnages annexes à cette histoire s’étendant à la période de domination nazie en l’Europe et à celle du communisme en RDA. Autant dire que Charlotte von Mahlsdorf a forcément dû avoir un instinct aigu de survie pour parvenir à vivre sa vie au milieu des nazis ou de la Stasi. Et c’est bien là que le texte est malin car Charlotte est bien autre chose qu’une icône LGBT, c’est avant tout une personne complexe, à la vie cabossée, qui sait accueillir les personnes à la marge dans sa maison-musée et hurler parfois avec les loups pour survivre. Difficile alors de démêler le vrai du faux dans des milliers de documents, certains émanant de la Stasi donc forcément sujets à propagande.

Charlotte vit seule dans une maison quasiment en ruine d’un quartier de Berlin et collectionne les vieux meubles comme des fantômes de l’histoire se son pays. Charlotte c’est aussi cette personne qui va faire de son chez soi cet important lieu berlinois où tous les rejetés de la société se retrouvent pour faire la fête mais aussi pour en faire l’endroit de toutes les rencontres créatrices dans cette Allemagne où tout est interdit. Charlotte c’est encore cette femme que l’on va retrouver sur quelques documents de la Stasi qui laissent entendre qu’elle a simplement collaboré avec eux pour les aider à recueillir des témoignages sur quelques homosexuels dans le Berlin de cette époque. Charlotte est donc avant tout un être complexe, loin de toutes les images parfaites et simples dont le monde actuel est friand, elle est cette personne, fils d’un militant Nazi, qui décide seule à 9 ans qu’elle ne sera pas ce que la nature lui a réservé mais qui se choisira sa vie et fera tout pour survivre.

La mise en scène efficace de Steve Suissa, dans une reconstitution de l’appartement de Charlotte au milieux de tous ces objets souvenir, offre à Thierry Lopez la possibilité de nous offrir une Charlotte attachante souvent seule, tantôt émouvante, tantôt excentrique, parfois agaçante mais surtout très humaine. Ici pas de caricature d’une travestie de cabaret dans le jeu du comédien, mais bel et bien un personnage se sentant femme avant tout, envers et contre tous.

Pierre Salles

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