« CHARLOTTE », LA VIE EN TROIS COULEURS

LEBRUITDUOFF.COM – 26 juillet 2018.

AVIGNON OFF 18 : « Charlotte » – Angèle Garnier / Cie Toucan – Archipel Théâtre – Du 6 au 28 juillet – Jours pairs.

J’ai compris.
Il faut que j’aille dans moi. Dans mes profondeurs. Pour cracher cette boule noire. Et la peindre.

Mise en scène : trois châssis sur lesquels est tendue une feuille blanche, disposés face aux spectateurs. Charlotte / Marie-lou Nessi, étendue sur le sol, est prise de convulsions.

Que revit-elle ? La mort de sa mère ? L’exclusion de l’académie des beaux- arts de Berlin en raison de ses origines juives ? L’antisémitisme dont elle est l’objet ? Le remariage de son père avec une célèbre cantatrice ? L’internement de son père ? L’amour contrarié quel voue au professeur de chant de Paula, sa belle-mère ? Avoir précipitamment quitté Berlin en raison d’une escalade de violence « La Nuit de Cristal » ? Le suicide de sa grand-mère ? L’internement, avec son grand-père dans un camp de rétention ? Le comportement « inapproprié » du grand père*? Quoi d’autres ! Encore ?
Cela ne suffit il déjà pas ?
Elle n’a pas, encore, tout enduré.

« Le temps d’une vie, je vous prête mes couleurs. Je vous confie mes yeux »

Sur scène, c’est un tourbillon de personnages, joués par de très jeunes comédiens. Les scènes sont en relation avec la tension qui doit exister dans le pays, la ville. Chez les gens eux-mêmes. Le temps raccourci, accéléré, mêle les situations : le dialogue, empreint d’émotion, s’engage avec sa mère. Charlotte a 9 ans. Sa mère va se suicider.

Charlotte intègre l’académie des beaux-arts, elle a 16 ans. Joie et déception mêlées. A 21 ans, Charlotte quitte Berlin pour rejoindre ses grands-parents maternels. Elle assiste aux échanges entres tous ces personnages, les tensions, l’empreinte des drames qui se jouent, là, dans la famille, et au dehors, dans la ville, le pays !

Parallèlement, de grands aplats de couleurs bleue, rouge, jaune, ces trois et seules couleurs employées par Charlotte, sont appliquées sur la face interne de chaque toile. Là, un long filet vertical de peinture noire ! Là, le pinceau insiste, une tâche plus rouge ! On décèle, par les couleurs, la trajectoire, la vitesse, l’insistance du pinceau, des moments de vies, d’angoisses, de désespoir, de moments douloureux, perturbés, bousillés. Mais aussi cette rage, cette frénésie en elle, de ne rien céder à ses bourreaux qu’elle pressent, si proches.

En peu moins de deux ans, elle produira, environ, 1325 gouaches ou aquarelles. Seulement huit cents seront terminées.

« Est-ce la vie ou du théâtre ? ».

les relations teintées d’abus sont dévoilées dans l’une des lettres qui sera rendue publique après sa mort. Elle révèle avoir empoisonné son grand-père en lui préparant une omelette au veronal. Elle dessine son portrait pendant que le poison agit.

Un regret, l’absence d’un coup de projecteur sur ces aquarelles : « Ça parle ». L’oubli d’une petite référence narrative de « l’atmosphère de l’époque », le nazisme, les rafles, la déportation.

André michel Pouly

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