« LA VERITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE », UNE TRES VIEILLE HISTOIRE CONTEMPORAINE

AVIGNON OFF : « La véritable histoire du cheval de Troie », textes de Virgile & Homère, mise en scène et adaptation Claude Brozonni, La Manufacture du 6 au 26 juillet à 13h25.

Et si tout commençait quand tout a pris fin ? Si la ruse du perfide Ulysse – encensé par les vainqueurs, évidemment ! – qui avait eu le nez creux pour abuser les Troyens assiégés de faire l’offrande aux Dieux (se méfier toujours de ceux qui invoque le nom de leur Dieu pour commettre leurs saloperies) d’une monumentale idole creuse comme un gruyère pour dissimuler dans ses flancs la horde sauvage de ses guerriers pressés d’en découdre après dix longues années d’attente sous le soleil d’Asie Mineure, un peu comme le sont les cargaisons de CRS chauffés à blanc dans leur fourgon en plein cagnard avant de charger les manifestants, n’était que le début de la fin ? Cette histoire tragique s’il en est, c’est le survivant Enée – celui qui, accompagné d’Ascagne son fils et portant sur ses épaules son vieux père Anchise, a échappé au carnage pour après une longue errance méditerranéenne échouer sur les côtes du Latium – qui la prendra en charge. Accompagné par un aède accordéoniste, il la faire revivre avec force émotions et humour explosif.

Un homme debout, digne en sa posture d’exilé, pardessus sur le bras et valise à ses pieds, est là, silencieux. L’on comprend très vite que ce qu’il a à confier, gros d’une histoire qui dépasse le temps dont il va nous parler, est chargé de péripéties propres à nous prendre là où palpite l’humanité en nous. De ses lèvres, mais aussi de son corps chantant comme il en était des aèdes grecs, arriveront jusqu’à nous les accents envoûtants d’une histoire en recouvrant une autre, celle des exilés d’aujourd’hui ayant connu l’atrocité des massacres, l’errance en Mare Nostrum engloutissant plus d’un des valeureux anonymes embarqués avec lui, et « l’accueil » qui lui est réservé en Latium, l’Italie du Mouvement cinq étoiles et de la Ligue. Avec en point de mire, l’énergie indestructible et vivifiante de ceux qui, ayant survécu aux épreuves de l’exil, savent pertinemment, comme une vérité inscrite dans leur chair, que rien ne peut détruire l’appétit de vie et de justice.

Ode à l’amour et à la paix, cette belle performance musicale contée et chorégraphiée, empruntée aux récits de Virgile et Homère, annihile les frontières temporelles pour faire entendre les voix des exilés de toujours venant à la rencontre des psychés éveillées sur fond de mythologie. Comme le disait si bien Paul Ricœur « Le rêve est à la mythologie privée du dormeur, ce que le mythe est au rêve éveillé des peuples ». Ainsi mythologie antique et privée se confondent-elles pour chanter à l’unisson le désir ardent d’une humanité sans frontière.

Yves Kafka

Photo Alexandra de Laminne

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