« PROGRAMME », TRIOMPHE DE LA NAÏVETE

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lebruitduoff.com – 11 juillet 2021

AVIGNON OFF 2021. Programme – Groupe Merci – mes Joël Fesel –  à la Manufacture (salle de la Patinoire), 20h05.

Si on vous proposait une sorte de programme de développement personnel vous permettant de dépasser les limites de votre horizon douillet, est-ce que vous accepteriez ? Bien-sûr, il faudrait obéir à ce vieil homme, là sur le côté, immobile sur sa plateforme, qui enchaîne les impératifs et vous enchaîne à eux. Le jeune garçon qui l’écoute en équilibre au-dessus du vide manque déjà de tomber alors qu’il tente de réaliser le premier objectif ; c’est qu’il porte tout un voyage sur son dos, une échelle, un micro-onde et tout un fatras de sacs. C’est quoi le premier objectif ? Rejoindre une autre plateforme, changer de place, concevoir l’ailleurs.

Le bal s’ouvre avec ce circassien complètement perdu dans son corps : d’abord les échelles se fracassent contre les îlots de fer et font encore du bruit quand le jeune pèlerin essaye de les traverser, puis les plateformes vibrent, remuent et s’amusent à imiter les vagues qui savent faire chavirer, et voilà encore que le sol, synonyme de l’échec qu’on ne doit pas frôler, reçoit une myriade de tic-tac au melon comme autant de petits postillons. Comme je vous le raconte ça ne paraît peut-être pas drôle mais en vous le racontant moi je rigole encore. Parce que c’est décalé et que ça se répète mais que juste après, d’un seul coup, ça bondit.

Est ce qu’en acceptant ce « programme » on se condamne à correspondre un jour à son but ? Si son unique participant se débarrasse peu à peu de tout ce qu’il le reliait à son passé, jusqu’à revêtir une tenue de sport rouge et moulante, s’il parvient bel et bien à réaliser de gigantesques bonds entre les plateformes, s’il a effectivement dépassé les limites de son propre corps, il n’est pas encore à lui-même son incitation, son texte, son tyran, il n’est pas encore vieil homme. Eh oui, il n’arrête pas d’oublier le « programme », de s’éparpiller en tremblements très élégants : le contraste entre les deux hommes s’étire jusqu’à la fin. Finalement, et moi c’est la morale que j’ai voulu y lire, en oubliant cette nécessité qu’on nous impose de triompher, on triomphe tout autant, et d’autant mieux, dans l’humour, la beauté, la naïveté. Un spectacle à voir absolument donc, et je vais faire un très mauvais jeu de mots, mais après tout c’est en tombant qu’on rebondit : « Programme » c’est à mettre dans votre programme !

Célia Jaillet

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