« UN DIEU, UN ANIMAL » : MOURIR VS SE TUER

Un Dieu un animal Julien Fisera Avignon Off

lebruitduoff.com – 18 juillet 2021

AVIGNON OFF 2021. « Un Dieu, un animal » – De Jérôme Ferrari – Mise en scène et adaptation Julien Fisera – Théâtre du Train Bleu à 12h00 – Jusqu’au 26 juillet.

MOURIR vs SE TUER

Rare sont les romans qui parlent – bien – de la Corse et des corses. Rare sont les textes qui n’entretiennent pas le mythe des clandés, du maquis et des autonomistes et on avait apprécié lors de sa livraison celui de Jérôme Ferrari (Goncourt 2012) plein de ce pays qui est si attachant, de ces paysages de rêves et de la mélancolie qui peut s’y déployer…

Avec « Un Dieu, un animal » Julien Fisera signe une adaptation soignée et une mise en scène à maille serrée, qui ne laisse rien dépasser, même pas les blessures, même pas les douleurs…Tout est contenu, presque sans un geste de trop, dans l’interprétation juste et inspirée de Ambre Pietri et Martin Nikonoff, tous les deux ancrés dans le sol de ce petit théâtre du Train bleu d’Avignon.

Ce qui est formidable dans ce travail c’est l’absence de codes de la mise en scène. Le spectateur est dans la pièce et il n’en sort pas. Il fait à la fois un voyage visuel mais aussi un voyage mental, le même que les comédiens qui ne lâchent rien, qui s’époumonent – parfois trop ! – à nous confier leur(s) histoires…

Et au début de celle-ci, il y a une amourette d’ado dans un village corse. Magali y vient passer ses vacances, Jean y vit… Il est dans cette histoire la victime d’un choix, celui de s’engager et de devenir, au fil du temps, de sa présence sur le terrain de la guerre, non seulement un meurtrier mais un polytraumatisé : corps et âme… Elle wonder-woman des temps modernes gagne aussi des points, mais à quel prix… celui de s’enivrer et de tomber dans les bras du premier Nicolas venu, de ce même syndrome de la réussite avec force statue en forme de flèches pour récompenser ses exploits dans la société qui l’emploi.

Les comédiens égrainent pendant une heure ce texte fort de Jérôme Ferrari qui prend tout son sens grâce à une idée simple mais forte du scénographe François Gauthier-Lafaye : un carnet japonais qui servira d’écran et sur lequel le rétroprojecteur créera toutes les ambiances de ce monde en mouvement. Cette astuce nous permettra d’être tantôt dans les champs d’oliviers en Corse, tantôt sur le champ des opérations, tantôt dans la boite de nuit…

Par de petits artifices, et avec cette scénographie somme toute assez simple, Julien Fisera fait voyager, transporte et rend grâce à cette tragédie qu’il nous donne à ressentir, le drame d’une lettre envoyée et ouverte trop tard.

« Un Dieu un animal », emprunté au film « Apocalypse Now » raconte parfaitement le chemin parcouru par ces deux êtres, avec le temps, impossibles à réunir. Un moment proche de la lecture qu’on aurait pu faire et qui enivre par l’abondance de mots.

Emmanuel Serafini

Photo Simon Gosselin

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