« L’ÎLE » : NULLE ÎLE N’EST POUR LES HOMMES

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lebruitduoff.com – 26 juillet 2021

AVIGNON OFF 2021. « L’île » – Collectif Bajour – La Manufacture à 12h.

Il y a trois îles, dans la première qui est bordée d’eau on demande « tu t’appelles comment aujourd’hui? » dans la seconde on organise par îlots de travail la création de publicités « tu ne peux pas vendre du lait si les gens qui le boivent sont laids » et dans la dernière c’est une révolution que préparent les « mouches de l’apocalypse » trois îles donc, dont on va brosser un petit portrait !

Au sein de l’île utopique, leurs habitants ont déjà construit une communauté régie par un grand lot d’habitudes : à 16h15 c’est danse, la matin taï-chi, il faut pratiquer « l’honnêteté radicale » en osant dire à l’autre que sa voix nous dérange si c’est le cas, et prendre chaque jour la pastille qui permet à tous de ressentir un bonheur aveugle propice à perpétuer l’harmonie de ce paradis. Toute l’absurdité de ces règles explose lorsqu’un naufragé débarque ensanglanté sur le plateau et doit accomplir tout un rituel de salutation, en une pantomime un peu longue et répétitive. C’est drôle mais c’est souvent attendu et sans grande subtilité. Mais le collectif cherche à dénoncer les dérives qui guettent le communautarisme, alors autant hypertrophier comme il le font pour la seconde île.

Au sein de la start-up le rire corrige aussi les mœurs mais cette fois-ci il repose sur le plutôt bon jeu des comédiens, dont les personnages ont des personnalités marquées. Il y a le chef, dynamique, dynamite, profondément cruel et injuste, la stagiaire, perpétuel bouc émissaire (hop une pincée de comique de répétition) et les employées soumis, craintifs même lorsque l’un d’eux est promu à la tête de leur société. On ressent évidemment toute l’hypocrisie de leurs rapports, exacerbée par ce palmier posé sur le côté, et même si c’est un peu long parfois, on aime à suivre ce feuilleton qui alterne entre réunions et séances de méditation.

Sans doute ont-ils voulu fuir ce carcan oppressant en virant radicalement de bord. On retrouve en effet les mêmes acteurs au sein de chaque île, et certains des traits de leur caractère ressortent fortement pour mettre en évidence la cohérence de la narration. Ainsi donc, le groupe militant lutte contre le capitalisme dans l’espoir de créer une nouvelle utopie. Ils apparaissent à une reprise, comme une charnière entre deux mondes, deux extrêmes, deux îles. Un peu moins de clichés y sont véhiculés, la galerie s’amuse moins, on contemple la galerie, mais c’est un peu dommage que cet espace de prise de distance, de parole et de tête n’ait pas été plus mis en valeur. L’île idéale est celle qu’on rêve de concevoir, celle qui n’a pas encore été mise en place et qu’on ne peut pas remettre à sa place, à coup de stéréotypes – même s’ils sont vrais et parfois rigolos. « Nul homme n’est une île » disait John Donne, et l’île nous dit « nulle île n’est pour les hommes. »

Célia Jaillet

Photo Loewen

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