« AVEUGLES », L’EXPERIENCE D’UN MONDE

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lebruitduoff.com – 27 juillet 2021

AVIGNON OFF 2021. « Aveugles ou comment se donner du courage pour agir » – Vincent Collet – d’après Maeterlinck – Au Train Bleu.

Quatre comédiens parfaitement voyants sont dans l’optique de mettre en scène les Aveugles, une pièce de Maeterlinck dans laquelle une quinzaine de non-voyants immobiles attendent désespérément le guide que le spectateur voit mort dans un coin de la scène. Ils vont tenter de répondre à cette question primordiale avant de se lancer dans la création du spectacle : comment éprouver la paralysie totale à laquelle sont en proie ces personnages perdus et dépendants ? Sur leurs chaises disposées tout du long en arc de cercle, les comédiens font une sorte de brainstorming en vue de dénicher l’expérience physique et psychique qui leur permettrait d’appréhender une telle impuissance. Se plonger dans une boîte d’isolation ou un bain pour se sentir étranger dans son corps, attendre qu’un projecteur tombe pour stupéfier, tourner sur soi-même jusqu’au vertige, courir dans un labyrinthe le nez bouché – les propositions paraissent absurdes et loufoques comme ça, mais elles font sens lorsqu’elles sont liées à la dialectique d’un texte intelligent, juste et drôle, servi par des comédiens qui le sont tout autant.

« Le problème c’est qu’on a trop le choix. Pour qu’on soit immobiles il ne faut plus qu’on ait le choix. » Les comédiens se sont mis d’accord, ils marcheront en ligne droite, les uns derrière les autres, et ils marchent déjà, en parole et en gestes de bras, décrivent les barrières et les lacs auxquels ils se heurtent, mais ils se disputent, se séparent et se retrouvent, jusqu’à conclure qu’il faut « se laisser polluer par l’autre » – même si c’est de l’autre que provient l’immobilité car le monde extérieur avec ses bruits et ses dangers est bien moins terrible que l’exclusion. Mais les imaginaires lyriques de chacun dérivent, l’une crie, l’autre se lève, tous essayent de compter mais trois s’endorment ; comment rester unis, ensemble sans se voir alors que même en se voyant on n’y parvient pas ? La pièce ne tranche pas, on tâtonne sans trébucher jusqu’à la fin dans un clair-obscur qui n’est ni noir ni blanc. Après un long moment de noir plateau que les comédiens qui devraient être voyants ne semblent même pas avoir remarqué, un projecteur nous lance son dernier éblouissement aux yeux, et on l’attrape.

Célia Jaillet

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