« FOUILLER BERCER POMPIER », ENORME MASQUE DU SILENCE

lebruitduoff.com – 8 juillet 2026

FOUILLER BERCER POMPIER – Texte, mise en scène et interprétation Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi – Au Train Bleu / Le Parvis – Du 6 au 23 juillet – relâche 10 et 17 – 1h10.

Il tente de lire. Debout près du piano. Parle déjà des silences de la musique. Il déchiffre. La partition. Comme il déchiffrera des fragments de sa vie. « Il Primo Omicidio » opéra de Scarlatti. Le premier meurtre de l’humanité. Caïn et Abel. L’aventure d’un spectacle à venir. Il ne peut être un imposteur. Alors le travail débute avec sa répétitrice. Très vite les deux récits vont se croiser. Celui de la Genèse et celui d’une fratrie. La sienne. Lui Octave. Et son frère Nathan. Déjà dans la cour de récréation. Recréation. Abel sacrifie des moutons. Caïn offre ses céréales. Deux brasiers. Et Dieu déjà préfère. Et déjà la jalousie. Et ce désir de meurtre. 

À St Edmond des Bois aussi. Et plus tard le frère pompier. Le grand frère. Nathan et Octave. Le grand frère aux allures virilistes. Et lui Octave. Fragile. Humilié. « Masquez-vous avec les restes de l’amour ». Mépris. Et du mépris à la haine. Dieu a choisi son brasier. Les souvenirs se mêlent à la partition. Les récits se font un écho parfois si douloureux. De superbes images naissent au fil des récits. Piscine imaginaire et murmure du ruisseau. Bruissement du feuillage et paroles murmurées dans la mémoire du chanteur. Le frère frappe. Il chante dans sa tête. Violence. J’ai grandi avec toi. Violence. Chaque jour répétée. Répétition en cours. L’opéra. Scarlatti. Coups de poing et crachats. Et juste un peu de lumière sur la partition. Sur les doigts qui se promènent sur le clavier. Et sa voix à lui qui chante. Qui dit. Où est ton frère ? Et la mère soudain. Ève drapée d’argent. Où est ton frère ? Violence. Silence. Ambivalence. Quand l’image du pompier surgit. Quand le mouton devient réalité. Énorme masque du silence. Ou des mots dits. Maudits. Jeux de mots. Et si lui le grand frère ? Porte ouverte sur un pardon possible ? Il faut fouiller. Il faut bercer. Et même ses illusions. Surtout au théâtre. Il faut… Pompier peut-être si fragile. Comme le silence d’une partition. Le silence d’une violence. C’est l’histoire d’une famille. De la plus ancienne des familles. Musique et mots se mêlent eux-aussi. Un spectacle d’une grande élégance. Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi s’accompagnent l’un l’autre merveilleusement complices. Ils sont lumineux. Rien n’est jamais pesant. La musique rayonne dans ces lumières belles et discrètes. Un spectacle beau et sincère. 

Arthur Lefebvre

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