« PERPETUUM HAVEL », UNE PROPOSITION INSOLITE, EXIGEANTE, QUI NOUS INTERROGE

lebruitduoff.com – 9 juillet 2026

« Perpetuum Havel »  Conception et mise en scène Petr Bohác – Avec Roman Zotov-Mikshin – Au Off d’Avignon La Manufacture – Château de Saint-Chamand –  Du 4 au 20 juillet à 15h55 Jours pairs – Départ navette: 15h55 de la Manufacture – Début de la pièce : 16h15 – Durée 1h45 (trajet navette compris) – A partir de 15 ans.

Passé de la case prison à celle de président de la République tchèque, Václav Havel incarne l’une des figures les plus singulières du XXieme siècle. Dramaturge, écrivain, intellectuel, il connaîtra la prison pour avoir refusé de se taire face à un régime qui muselait les consciences. Cette expérience de l’enfermement nourrit une œuvre où l’absurde devient le reflet d’un pouvoir qui cherche à briser l’homme, sans jamais parvenir à éteindre sa liberté intérieure.

C’est de cette matière que Petr Bohác s’empare à bras le corps, sans aucune limite intellectuelle ou corporelle de la pensée de Václav Havel. Plutôt qu’un portrait du célèbre dissident, il compose une évocation de toutes celles et ceux qui, aujourd’hui encore, paient de leur liberté le simple fait de penser autrement face à la dictature ou à l’autocratie irradiant peu à peu nos démocraties. Havel devient alors un symbole plus qu’un personnage, une voix qui traverse les époques et rappelle que les murs changent parfois de forme, mais que les mécanismes de l’oppression demeurent.

Sur scène, directement dans toute la froideur d’une structure métallique évoquant autant une cellule qu’un ring, lieu du combat, Roman Zotov-Mikshin impressionne par son engagement physique. Comédien performeur mais Danseur avant tout, il donne corps à ces prisonniers invisibles contraints de lutter sans autre arme que leur imagination et leur obstination à rester debout et parfois à continuer à rêver et sourire d’un rien pour rester humain dans un univers déshumanisé.

Le spectacle, non verbal, jonché de bruits angoissants, construit peu à peu un univers où le quotidien bascule dans un cauchemar aux accents kafkaïens fait de répétitions absurdes. La violence surgit des gestes les plus simples et l’absurde s’immisce dans chaque action, tandis que quelques éclats de poésie et de sourires deviennent autant de respirations indispensables pour survire et rester debout. C’est précisément dans ces instants suspendus que renaît l’humanité dans un lieu qui en est pourtant totalement dépourvu. Le choix de la répétition, qui traduit l’interminable écoulement du temps carcéral, peut parfois sembler insistant mais il participe peut-être aussi à faire ressentir au spectateur l’usure, l’attente et la résistance silencieuse de ceux qui refusent de céder malgré ce temps étiré fait de souffrance et de manque.

Une proposition insolite, exigeante et malheureusement toujours profondément actuelle, qui dépasse largement la figure de Václav Havel pour interroger notre rapport à la liberté dans ces temps encore et toujours chaotiques.

Pierre Salles

Photo Vojtěch Brtnický

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