« SOUVENT JE COMMENCE PAR TOMBER », LA RAGE DE DANSE

lebruitduoff.com – 15 juillet 2026

SOUVENT JE COMMENCE PAR TOMBER – Aurore Floreancig – Compagnie Mouvement(é)s – La Scierie, Studio – Du 4 au 25 juillet à 21h20 – 55 mn – Relâche les 15 et 22. 

Écrire à propos de la danse quand on n’en connaît pas forcément la grammaire. « T’es nulle » lui a dit la fille quand elle est arrivée à l’école de danse. Dont acte en ce qui me concerne. Et je vais néanmoins persévérer comme le préconise  Aurore Floreancig. Chorégraphe et danseuse de cette très belle pièce chorégraphique. Sensible et lumineuse. Persévérer parce que les chemins de l’aventure artistique ne sont jamais  une évidence et que son propos nous raconte justement cette expérience. Ce cheminement de tous les instants quand « le conservatoire ce n’est pas pour des gens comme nous et danser ne mène nulle part ». Du village de campagne aux couleurs du Paraguay le chemin s’illumine au long du parcours. Avec ferveur et détermination. Une foi inébranlable qui mène au spectacle de ce soir. Et aux spectacles à suivre. 

Seule. Et prendre le temps de l’échauffement. Faire silence. Et le vide. Et le mouvement gymnique devient dansé. Magie du corps. Plié, déplié. Visage offert. Ouvert. Musique scandée. Celle originale de Laurent Doizelet. Pour imprimer le rythme. Et le souffle et ces cris murmurés qui échappent. Corps équilibre. Pause. Le récit des années se fait au fil des mots dits, parfois superflus, tant le corps les exprime. Pause. « Trop de gingembre » Clin d’œil à ces moments acides et quand il faut grandir. La danse à l’école. Puis les cours. Le lycée. Double image dans le miroir. Musique électronique. Quand le corps réponds au corps dans son reflet. « Respire ». Images miroir fragmentées. Arpenter le sol de tout son corps. Y chercher sa racine. Tournoyer et implorer le ciel. «Accepter de se livrer. Se mettre à l’épreuve. » Pas de place pour le doute. Ne rien lâcher. Mots dits et redits comme un mentra. Un autre miroir. Nouveaux fragments de corps dessinés. Le geste  dédoublé. Multiplié dans ces mouvements brefs et cassés. Se fondre dans le sol et l’orangé de la lumière. Guirlande de lumière et long tapis miroir. Une autre histoire de campagne. Simple et festive. Sensuelle et comme orientale. Se dénouer les cheveux. En faire un partenaire. Sentir l’odeur du bois et de la sueur. Danser. Chorégraphier. Danser encore. Toujours et pour toujours. 

Singulière chorégraphe. Danseuse exigeante. Emplie d’une folle et poétique énergie. Qu’elle nous offre avec une générosité de chaque pas. De chaque geste. Visage ouvert comme un récit à transmettre dans le désir. Celui de créer. Celui qui anime visiblement toute cette belle équipe de création. 

Curieusement et magie du festival le spectacle a lieu dans la salle où une autre artiste nous conte avec talent le chemin absolu de Frida Kahlo. Hasard des concordances. Force de l’art et de la création.

Arthur Lefebvre

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