« LA NUIT JUSTE AVANT LES FORÊTS », UN BON KOLTES SERVI AVEC JUSTESSE

lanuit

LEBRUITDUOFF.COM – 27 juillet 2019

AVIGNON OFF 19. « La nuit juste avant les forêts » – d’après Bernard-Marie Koltès – Mise en scène de Cécile Rist – Petit Louvre du 17 au 28 juillet 2019 à 22h.

Tout se passe dans une pièce un peu sordide. « Tu tournais le coin de la rue lorsque je t’ai vu ». Un homme s’adresse à un homme inconnu rencontré par hasard une nuit, dans la rue sous la pluie.*

Cet homme ne semble pas avoir organisé ses paroles ; il passe d’un sujet à l’autre, quitte à revenir sur certaines choses par exemple le fait qu’il cherche une chambre pour la nuit : « Il lui parle de travail, de putes, de syndicat international, d’argent, de salauds, de flics, du Nicaragua, de la jouissance impossible et du rêve fou d’un peu d’herbe ou poser ses fesses ne serait-ce qu’un instant ».

Il s’agit d’une parole qui semble incontrôlable. Ça n’est pas un dialogue qu’il entame avec cet inconnu, d’ailleurs est-ce une personne ou l’effet de son imagination car, il n’attend pas de réponses : « je te regarde, je t’aime. camarade ». Il est à la recherche d’un rapport à l’autre. il y a une sorte de frénésie, de détresse.

Guillaume Tobo incarne avec force et conviction le personnage. Il regarde fixement chaque spectateur dans une soif d’écoute, de parler. Son regard intense, sa dramaturgie nous force presque à jouer le rapport de force avec lui. Mais le rapport de force s’arrête à sa gestuelle ; aucun geste isolé ne manifeste la violence.

Cet homme, cet étranger dit sa difficile rencontre avec l’autre. Il dénonce le racisme ambiant et de fait se range du côté des exclus et des rejetés. Longuement il parlera d’amour, de Marna avec qui il a eu une relation sexuelle sur un pont et qu’il n’a plus jamais revue même s’il a écrit son nom sur tous les ponts et « il y en avait plus de quarante ». Puis trois relations qu’il a eues avec des femmes dont l’une, celle qui était trop belle, était chasseuse de « rats ».

Le jeu de Guillaume Tobo s’exprime tout entier dans ce long monologue qui prend corps, face à l’autre, dans une sorte de déséquilibre, de faux calme qui façonne progressivement tout son être. Il est l’homme qui demande des comptes, qui laisse entendre l’incommensurable détresse et désespérance de l’humain tandis que « l’autre » se tait. La proximité de l’acteur avec nous, spectateur, crée un sentiment de force avec le personnage et donne réellement l’impression de nous parler directement.

Le texte est l’élément principal de cette pièce. Guillaume Tobo s’en est emparé avec une facilité déconcertante de véracité. La mise en scène minimaliste de Cecile Rist et l’accompagnement musical créent un incontestable rythme musical qui souligne l’insoluble solitude de l’être, l’irrépressible besoin de dire, d’imaginer une vie meilleure, et cette demande d’amour qui restera vaine : il veut « trouver un ange au milieu de ce bordel ».

Assurément, j’y vais pour le texte d’une toujours incroyable actualité. Pour l’excellent acteur, Guillaume Tobo qui donne à son personnage toute sa dimension d’être humain.

André Michel Pouly

KOLTÉS qualifia ce texte comme sa première vraie réussite et reniera ses premières pièces qu’il refusera de faire publier.

* La mise en scène fait le pari de s’adresser aux spectateurs. Non pas frontalement, comme pour un échange, un dialogue. En fait c’est plus subtil que ça. L’Homme choisit un spectateur, le sommant, en quelque sorte d’être sa conscience, son Autre: « tu tournais le coin de la rue quand je t’ai vu ». Puis s’enclenche dans une perspective réaliste un soliloque qui nous dit la différence, la violence, l’absence d’humanité ; la recherche de fraternité.

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