AVIGNON OFF 2017 : RETOUR SUR SCENES

LEBRUITDUOFF.COM – 30 juillet 2017

Retour sur scènes

Lorsqu’Avignon se réveille de cette effervescence, certes foutraque et parfois même carrément soûlante de parades sonorisées haut-parleur et musique hurlant, polluant gravement les efforts d’autres compagnies plus subtiles dans leur proposition, et que les affiches disparaissent instantanément du paysage, on en vient à se demander si tout cela ne fut que mirage… Que reste-t-il de ces spectacles vus dans le OFF, des frissons ressentis aux coups de sang éprouvés ?

D’abord une précision, la sélection des spectacles vus (environ vingt-cinq pour ce qui me concerne) en fonction de plusieurs critères croisés (les salles ayant une programmation, à la différence des offices qui louent – cher, très cher – des créneaux horaires ; les Compagnies et leurs soutiens ; le thème et la forme de leur création ; le bouche à oreille des festivaliers) amène déjà à se préserver de déboires titanesques mais ne met pas à l’abri de déceptions radicales. Quant aux frissons, ils dépassent parfois en intensité ce qu’on avait pu imaginer.

On commencera par notre coup de gueule pour évacuer dans la fosse celles de ces productions qui nous ont laissé plus que sceptique, litote sacrifiant elle aussi au politiquement correct. Scandaleux en effet la propension de certaines compagnies et de leur metteur en scène (ayant pignon sur rue ou pas) de détourner sans vergogne les œuvres et leur auteur – au point de les trahir totalement – dans le but d’attirer le chaland. Car là il ne s’agit plus de « spectateur » à qui on propose une interprétation (au sens où un artiste, musicien ou autre, fait vibrer en lui la pensée d’un auteur) mais de « client » à gaver jusqu’à plus soif de nourriture dégraissée jusqu’à l’os, lavée à l’eau de javel pour lui en retirer tout ce qui pourrait être subversif ou choquant ou jugé trop complexe pour un consommateur ne méritant autre chose que du vaudeville boulevardier consensuel. Ainsi les deux productions du Lucernaire, « Une Maison de Poupée » désossée par Philippe Person et « L’Amante anglaise » exécutée en règle par Thierry Harcourt, qui massacrent allègrement respectivement Henrik Ibsen et Marguerite Duras. On peut y ajouter, en étant cependant un peu moins sévère puisqu’il s’agit là d’amateurs mais ce n’est pas une excuse non plus, « La réunification des deux Corées » de Joël Pommerat revue par la besogneuse Denise Schröpfer passant au rang d’accessoire inutile l’esprit corrosif de l’auteur.

On poursuivra par une (légère ou même un peu plus) déception. En effet, même si on reconnaît à « Esperanza » d’Aziz Chouaki l’incontestable intérêt citoyen des conditions de sa création, le résultat révèle à nos yeux d’importantes failles artistiques tant dans l’interprétation des comédiens que dans « l’écriture » bien médiocre du texte.

Puis – et on passe là dans le positif allant crescendo – viennent les spectacles dont on a apprécié autant l’engagement d’acteurs qui servent la création plus qu’ils ne s’en servent, que la façon pour un metteur en scène de s’être saisi d’un sujet pour en projeter un objet artistique « parlant » à notre sensibilité et intelligence. « La promesse de l’Aube » d’Itsik Elbaz, « La Confession d’un enfant du siècle » de Marie-Claude Morland, « Mon ange » de Jérémie Lippmann, « L’A-Démocratie » de Nicolas Lambert, « L’Apprenti » de Laurent Crovella, « La violence des riches » de Guillaume Bailliart et Stephane Gornikowski, « Les Ailes du Désir » de Gérard Vantaggioli, « Comment va le monde ? » de Michel Bruzat, « Migraaaants » de Gérard Gelas, « Agamemnon » de le Cie Minuit 44, « Andy’s Gone » de Julien Bouffier, « Je change de file » de Sarah Doraghi, « J’ai bien fait ? » de Pauline Sales, dans des registres très différents, sont de ceux-là.

Enfin, nous conclurons par, non pas nos coups de cœurs (Cf. les précédents) mais nos coups de foudre, à prendre dans l’ordre que vous voudrez, celui-ci étant sujet à des migrations infinitésimales tant il y a là matière à réenchanter notre rapport au monde et à nous-mêmes. « Cap au pire » de Jacques Osinski avec Denis Lavant, « Dans la solitude des champs de coton » d’Alain Timar, deux pièces phares de mon festival, mais aussi et tout autant, des formes plus modestes mais non moins talentueuses, « Un air de Bukowski » d’Oldan, « Eloge de l’Amour » de Caroline Ruiz, « Duras » de Ghislaine Dumont », « Prison Possession » de François Cervantes, et peut-être, ma révélation, « Vivre » d’Hugo Paviot.

Choix très subjectif… et totalement assumé de cette belle édition 2017.

Yves Kafka

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